SCÈNE IIII
Spinette^ Marguerite^ Aurelian^ Gérard.
Spinette.
u as beaucoup demeuré à venir, Marguerite. .
Marguerite. Il me semble que je suis \ venue trop tost , et peut-estie qu il seroit meilleur que je ne fusses point encores arrivée, s*il est vray ce que me disoit maintenant ce jeune homme,
Gérard. Est-ce là ceste fille à laquelle vous avez baiUé cinq cens escus?
ÂuRBLlAN. Ouy, c'est elle.
Spinette. Encores que jene vueille pas que tu demeures icy nue jusques à demain matin, tu n'auras pas perau tes pas de venir icy haut.
Marguerite. Je teray tout ce qu il vous plaira ; et, s'il n'estoit si tard, je pourroy aller ce soir
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avec ma tante jasques au' pont Saiuete-Marie.' Mais pourquoy dictes-yous que je n'auray perdu mes pas ?
Gérard. Si vous faictes à ma mode, Aurelian . vous serez l>ien heureux.
Spinette. Pour ce qu'icy tu parleras à Aurelian, auquel tu es plus obligée qu'à persoune (\u monde; une autre fois tu en sçauras roccasiou. Touche-luy en la main.
Marguerite. Très volontiers.
Aurelian. Vous estes trop gentille , mad.^îî^e Spinette.
Spinette. Orsus, attendez-moy icy, pois irons en la maison de compagnie.
Aurelian. Comme se porte madame? Constance?
Spinette. Vous sçavez bien que, touto dc;^chargée, elle est revenue à soy, et, demeurant ainsi vestue sur le lict, est fort pensive, mais en contenance assez joyeuse, et ne parle point sinon qnè quand on luy demande comment elle se porte, elle rèspond qu'elle se porte bien. Et que (firiezvous qu'elle revint de pasmoison en riant?
Aurelian. Ne vous y fiez pas.
Spinette. Mais je ne m'en souvenoy pas, elle vous prie prendre la peine de l'aller veoir , je ne sçay pourquoy.
Aurelian. Je doute que , pour vous àsscurer un peu elle se monstre joyeuse, et puis après elle ne face quelque folie. Le diable ^quelquefois plus grande force envers ceux-là qui se fient trop en leur sçavoir et propre vertu qu'à l'endroit des autres. Allez devant,' madaine Spinette ; je seray incontinent !aj)rès vous.
•La Constance, Comédie. 2S7
Spinette. Passe deçà, Marguerite. Es-to point ïuoDc de sueur ? ^
MAura'BRiTE. Non, Madame, que bien peu.
AVRELIAN. Gérard, venez on demeurez; faictes oômuie il tous plaira pouryostre commodité.
Gérard Allez, car je veux attendre icy. Si jtriouvoy destoumer cestuy-cy de la praticque et peii )oiijble yié qu^il meine depuis peu de temps en <à , je penseroy avoir faict les meilleurs œuvre du monde. Toutes fois, puisqu'il m*a pi'omis de .'le vouloir autrement aller à Lyon et de quitter dt tout point Famitié de Gismonde, et de se vouioir marier , je me veux servir des occasions que la fortune me présente. Que peut-il faire qui luy soit piu.s de contentement que de s'allier avec personues desquelles il a toujours esté grand amy et qui ne luy sont pas inférieures, si ce n'est en richesses ? Et, pour en parler à la vérité , cestelà est une belle et gratieuse fille. Mais qui est cesle- cy qui vient droict à moy ?