‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 79 sur 158 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Elisabeth^ Aureliari^ Spinette ^ Marguerite et Biaise^

Elisabeth.

i ieu soit loué et remercié de toutes cho- [ ses ! Si on recherchoit tout Tunivers, on \ ne pourroit jamais trouver une telle cou- > pie d'amis. Je ne sçay qui est le plus content du retour d'Ânthoine, ou Léonard ou la mesme Constance. Et ce qui est d*avantage, c'est qu'ils sont résolus que Léonard espouse dame Spinette, si elle en est contante, lequel Ta demandée à Ânthoine.

Spinette. Que dict ceste-là ?

AuRELiAN. Bon prou vous face, madame Spinette.

Elisabeth. Et si elle a de Tentendement , comme je croy qu'elle a , elle devroil desjà vouloir que c'en fust faict. Elle est encore jeune, et Léonard de bon aage et fort riche. Et que sommes-nous en ce monde sans hommes? Mais où s'est-eUemise?

Spinette. Quoy! dame Elisabeth, on faict donc en ceste façon les mariages sans y appeler les parties ?

Elisabeth. Ho, ho, vous yoilà. Je suis si joyeuse que je ne voy goutte.

AuRELiAN. Et nous ne voyons si avez faict des mariages.

Spinette. Que fais -tu là, Marguerite ?

La Constance, Comédie. 3oi

Marguerite. J'dttendoy que rentrassiez en: la maison, car il est nuit tout noïre.

Spinettb. Vien ça. Ceux delà maison ayant ùici sans nous, ne se pourront avec raison plaindre si nous avons ^ct sans eux. £t partant, Aurelian , prenez Marguerite par la main , et allons le faire sçavoir a tous ceux du logis.

Elisabeth. Qu'est-ce que j'enten ? Hé Dieu ! ComUep madame Constance en sera ayse !

Spinette, N^y^espointdelionte, Marguerite; c'est ton mary : va donc avec luy;

Elisabeth. Allez. Je suis quasi hors de moymesme , et ne sçay que dire. Aujourd'huy, ceste maison estoit un enter, et à ce soir c'est un paradis

Blaise. C'est bieH.4{of! demeurez icy à babiller avec la lune ; cependant madame vous faict chercber partout. Cheminez, vous dis-je..

Elisabeth. Je m'en vas. Qu'y pourroit-il bien avoir ?

Blaise. Si i'avoy mille millions de langues et ne fisse autre chose que parler mille ans durant , je ne diroy la moindre partie du contentement et rejouyssance de ceste maison, nopces, accolladcs, embrassements, baisers, chuchillements et tant de façons qu'il seroit impossible les raconter ; et encores , en mon regard , cecy sera cause que , me pensant aujourd'huy estre le plus pauvre homme du monde , je ne voudroy maintenant changer mon estât à aucun mon semblable , tant heureux et fortuné soit -il. Spectateurs, pour ce qu'en la maison on n'a appresté que pour vingt- cinq ou trente personnes, j'ay pensé qu'il faudroit davantage pour tant de gens que je voy icy ; c'est pour-

3oa Larivey.

quoy je n'inviteray aucun à soupper ;^t puis on ne peut contenter un chacun : les anciens diroient des injures aux autres , joint aussi que certains outrecuidez, n'ayant que les cheveux rehaussez et un collet bien empesé estendusur une pecadille, Toudroient se mettre à table devant les modestes et honnestes gentils hommes. Qui doncques d'entre les hommes ne pourra entrer en la ville, qu^il demeure aux faux-bourgs Sainct-Jacques, en la grande maison ^ ou à Timage Saincte-Anne , et nous logerons volontiers les dames avec nous ou chez nos voisins.

Adieu.

riN.

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