‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 78 sur 158 · SCÈNE YIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE YIIL

Gérard, Aurelian , Spinette et Marguerite^ sur la porte de la maison , sans parler.

Gérard.

urelian, pour retourner à ce que naguè- I res je vous disoy , quelle plus louable chose peuvent faire les hommes quQ cela qui est ensei^é par nature, approuvé de Dieu et accepté universellement de tous ceux qui désirent vivre comme vrays hommes , mais non en guise de bestes? Quoy faisant, est une chose très bonne et une grande ^prudence eslire., non des personnes estranges etincognues, mais de mesme pays , esgalles en noblesse , en aage , et en bonnes mœurs.

AURELIAN . Cest assez dict, je vous enten l»ea; vous voirez bientost combien peuvent le$ cob*seils de mes fidelles amys tel que vous, m^estes. Mais taisez-vous, car voicy madame Spinette,: . Spinette. Que faictes-vous icy à ceste heure, Aurelian ? Venez en la maison, .

La Constance, Comëdie.

ÂURELfAN. Je VOUS chercboy pour vous dire ' un mot et puis m'en aller.

Spinette. Venez en la maison, vous dis-je, • où Léonard. ...

AuRELiAN.'Que veut dire tant d'allégresse ?

Spinette. Anthoine, Constauce et tout le monde vous attendent.

AtJRELiAN. Comment ! Antlioine?

Spinette. Ouy, Anthoine, mon frère et vostre grand amy 1

AtîRELiAN. Quand est-il venu? Comme il est entré en la maison, que nous ne Payons veu?

Spinette. A vos yeux voyans , il estoit icy, puis est entré en la maison.

AuRELiAN. Vous mocquez-vous point?

Spinette. L'Espagnol qui a ce soir amené Léonard, c'est Anthoine.

Aurelian. L'amoureux de madame Constance?

Spinette. Ouy , Monsieur.

Aurelian. Comment peut-il estre Anthoine et Espagnol?

Spinette. Ce n'est pas un Espagnol, mais c'est Anthoine, qui, comme Espagnol, à la face, à l'habit, à la paroUe étala profession de soldat, a esté icy six ans icogneu en la maison ie Monsieur de La Vau. . .

Aurelian. 0 Dieu bénin ! il me sembloit bien qu'il en avoit les traicts du visage; mais ceste demie barbe qui lui est venue depuis le temps, cest habit de soldat, et ces cheveux tonduz de si près et si courts, au lieu qu'Anthoine les portoit si grands , m'ont trompé et fait penser tout autre chose; .

Spinette. Que diriez-vous qu'un peu aupa-

rayant que madame Constance entrast en la maison, elle le recognut? Occasion pourauoy elle cherchoit tout moyen que le discours s'acnevast au logis.

AuRELiAN. S'est-il descouvert de soy-mesme, ou si ce a esté madame Constance?

Spinette. Je vous diray : entrez que nous fusmes en la maison, cependant que Léonard achevoit le propos qu'il avoit commencé , Constance, jetant sa vue sur luy, s'apperceut qu'en la regai'dant il ryoit , et, l'ayant termemcnt recogneu, se

i'etta incontinent à son col, pleurant d'aise, et l'em- )rassa de telle affection que pouvez vous imaginer. Au reste, je ne puis vous dire d'où vient que ceste maison est toute pleine d'incredible allégresse et contentement.

AuRELiAN. Dieu soit loué et remercié de tout, lequel tousjours est secourable a ceux qui cheminent droictement et suivent la vertu. Madame Spinette , puisque les affaires cheminent d'oa si bon pied, et que ceste journée a prins une fin . toute contraire à ce que nous pensions ce matin, vous avez peut-estre quelqu'opinion qu'à l'occasion du retour d'Anthoine ne se peut effectuer, sinon à vostre domtaage , ce que je vous ay promis ce jourd'hui. Je vous veux faire , pour vostre honneur et profit, cognoistre que je suis et seray toujours tel que j'ay esté avec Anthoine, et que je ne suis du tout indigne d'estre compris au nombre d'une si honorable compagnie d'amis, et d'estre de luy et de vous parent, comme je suis très affectionné amy. Partant, ou il vous plaira m'accorder vostre fille pour estre ma femme , je l'accepterai volontiers plus qu'aucune autre qui se

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pcust présenter , affin que, puisque la fortume m'a esté tant favorable que , outre toute espérance , j'ai reveu Anthoine, lequel j'ay* aymé etayme autant que moy-mesme , luy et vous puissiez cognoisti*e qu'en toute fortune luy et ses affaires m'ont tousjours esté fichées en l'entendement. Et depuis que j'ay icy veu voslre fille Marguerite , sans qu'elle sceust autre chose d' Anthoine, j'ay voulu (et ce gentilhomme m'en est témoin) vous dire plus de six fois ceste mesme chose ; puis je m'en suis retenu, je ne sfay pourquoy.

Spinette. Sans vous respondre autre chose, vous pouvez, Aurelian, vous imaginer que je ne sçauroisjamais'desirer chose plus grande quecestecy ; occasion pourquoy je ne suis seulement contente de cela, mais aussi que par là je me trouveray telle que je ne voudroy changer mon estât à celuy d'aucune autre dame de Troycs , et ne croirôy, quand j'auroy marié ma fille au plus grand homme^du monde, me trouver jamais plus satisfaicte que vous me rendez contante. Et pour ce que je ne sçauroy trouver des mots propres pour vous monstrer la milliesme partie de l'onligation que je vous doy, je diray seulement que je vous reçoy de la meilleure affection de mon ame pour mon gendre et pour mon frère.

Aurelian. Et moy, pour ma tvhs chère sœur. Mais que pourroit Elisabeth aller cherchant ainsi seule :

Spinette. Escoutons, je vous prie, puisque toute gaye et joyeuse elle va parlant à ellemesme.

3oo Larivev.

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