PROLOGUE
* e ne pense pu, nobles speetateurttqn'il soit besoin \ me beaucoup travailler pour vous monsirer quel f grand contentement apporte la souvenance des tro" f vaux et des misères passées à celuy qui, arrivé à bon et asseuréporty par la bénignité des deux, ne craint plus la malignité de fortune, pour ce qu* estons les choses d'icy^bas ainsi disposées par lé souverain facteur qu'elles sont et de^ meurent tousjours en f(» continuel mouvement, nese trouve aihcun qui ne soit peu ou beaucoup agité de ce continuel flux et reflux, et qu'à ceste occasion il n'en ait ample cognoissance. De là advient que chacun, du mieux que lui est possible^ s'ef" force le manifester à avfntff, et s'en trouve d'autres qui tas^ ehent d'en faire coller la mémoire jusques à l'aage futur. Mais laçait qu'en tous se trouve ce désir de toutes les choses, comme je crog sans plus grande comparaison , f estime qu'il se demonstre es fortunes d'amour, puis qu'elles, tant pour les bonnes affaires que pour les mauvaises, s'approuvant en icel- Us, nous laissent un bien large champ, et qui le dirait inflny peutr-estrene se tromperait pas. De quoy, mes belles et gracieuses dames. Je vous veux rendre un meilleur tesmoignage, estant certain que par espreuve vous cognoistre» quelles et cmnbien grandes sont les flammes d'amour, et les travaux qu'on en r'emportcCesU mesme cause a esmeu un certain personnage à composer ceste eomediey intitulée le Fidelle, par ce qu'un sien T. Tl. 80
3o6 Prologue.
amy ayant par sa mauvaise fortune esté induit à aymer une quiy situh l'apparanee d'un beau corps, tenoit caché un .eeprU peut-estre sorty if enfer , oU Von croit qu*ores il y soit retourné^ ne se contentant de luy avoir desrobé son cour, et oubliant sa longue servitude et l'amour quUl luy portoit, prenant occasion d'un bref esloignementj ceste bonne créature se donna en proye à Fortuné, et ainsi perfidement, abandonnant celuy qui tant Vaymoit, se mit à aymer un qui non seulement Vavoit en horreur, mais sembloil estre né ennemy de toutes les femmes, de façon que sa mauvaise langue deschiroit continuellement leur sexe. . De ceste tant cruelle Victoire (car tel estoit son nom] advint que le pauvre et misérable Fidelle, esmeu de rage, commnniqua le tout à Comille, mary d'elle; puis, ue pouvant souffHr qu'icelle, à son occasion, endurast la moindre peine du monde, fit tant que son mary luy pardonna, et, cela luy semblant peu^ pardonna encores à Fortuné qui Vavoit tant offensé, et refusa Vamitiéde Virginie,nobledttmoisells, laquelle, par le moyen de Ueduse,enchanteresse,fëtdeceue par iceluy Fortuné, puis, après avoir appaisé le père d'elle, Vaecorda à luy et se Vosta à soymesme. Or, puis qu'il a pieu à la souveraine bonté de Vaddreoser à meilleur chemin pour son enseignement et celuy d'antruy. Je vous vas ores représenter le succès de ces divers accidens. Doncques, si quelqu^n est iey renu en intention de rire, eep^ rant veoir reprcsenter la simplicité d'un vieiUard et ancien marchant, les sottises d*un nyais valet, les gourmandises et deshonnestetés d'ttn escomiffleur et Vimmondicité d'un ivrongne, choses à mon jugement vergongneuses à représenter à tous «obles et sublimes esprits. Je le prie s^en aller ailleurs, pour ce que ceste comédie, différente quasi de toutes les autres et a«sez longue, ne représente rien de tout cela ; et ce qui importe le plus, c'est qu'elle, estant enfantée d'un Juste desdain, a peutestre plus d^ennuy et de fascherie que d'allégresse et reerea-^ tion. Partant, sortez d'icy^Je vous en prie de rechef. Mais Je regarde de tous costez, et ne voy aucun qui se bouge pour s'en aller. Si estes résolus de demeurer, au moins, par courtoisie^ soyez paisibles. Et vous^ mes dames, préparez-vous aussi avec