ACTE I, SCÈNE lU
1K)N ÉLELTÉRIO.
Mais c'est ce soir même qu'on la chantera , pour peu que vous me mettiez au défi. Quel travail d'Hercule, en vérité! Huit ou dix vers d'introduction pour demander au public qu'il se calme, qu'il écoute, et silence au parterre ! Vient alors une demidouzaine de couplets de rencontre : il s'agit du marchand qui vend à faux poids, du perruquier qui place des petits billets doux , de la jeune fille qui est affligée de pâles couleurs , du cadet qui a attrapé la paralysie dans le vestibule... Et là-dessus quatre légers quiproquo... Ensuite on termine avec des sé^ guidilles ' comme celle de la tempête, celle du serin, ou celles de la bergeronnette et du ruisseau mignon. Quant à la musique, vous en 'connaissez déjà la substance : c'est la même qu'on emploie toujours; on ajoute ou on retranche une paire de roulades , et voilà votre partition bâclée !
DON SÉRAPIO.
Mais vous êtes donc le démon en personne, jeune homme ? Vous trouvez votre besogne toujours toute faite.
DON ÉLEUTÉRIO.
Allons', laissez-moi voir si j'en viendrai à bout. Oh! il me reste peu de chose... Montez, mon cher!
(U s'assied près d'une table placée dans le fond. ) DON SÉRAPIO.
J'y vais; mais cependant...
* Les seguidillas sont une suite de quatrains satiriques que Ton chante, accompagnés d'un refrain.
UON ÉLEUTÉRIO, tirant de sa poche du papier, de Tencre, et se
mettant à écrire.
Si, si, allez! Et là-haut s*ils veulent encore des liqueiu's, que le garçon leur en apporte!
DON SÉRÀPIO.
II me semble que cela ne peut pas nuire, de nous renforcer par une couple de flacons. Pépé!
PÉPÉ
xMonsieur !
DON SÉRAPiO.
Écoute !
(Don Sérapio parle hàn a Pépé; puis il sort par le fond. Pépô prend sur le buffet quelques flacons de liqueur, et sort par la même issue. )
DON ANTONIO
Eh ! comment se porte mon ami don Pèdre ?
(Il va s'asseoir près de lui.) DON PÈDRE.
Quoi! c'est vous, seigneur don Antonio? Pardon de ne vous avoir pas remarqué. Ma santé va bien.
DON ANTONIO
Mais vous , 'monsieur, à cette heure , en cet endroit? Voilà, je l'avoue, un miracle!
DON PÈDRE
C'en est un en effet. Il faut vous dire que j'ai diné ici dans le voisinage. Vers la fin du repas il s'est élevé une dispute entre deux hommes de lettres qui savent à peine leur alphabet. Nos matadors se sont lancés dans un torrent de sottises ; ils m'ont agacé les nerfs, si bien, que je me suis réfugié en ces lieux.