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ACTE ï, SCÈNE ÏII

DON ANTONIO. '

Dame ! avec le caractère si singulier que vous possédez, vous vous voyez contraint de vivre comme un ermite au milieu de la capitale.

DON PÈDRE

Mais nullement, monsieur ! On me rencontre tout le premier dans les théâtres, sur les promenades, partout enfin où il y a des divertissements publics. Je concilie les plaisirs avec Tétude ; j'ai peu d'amis, mais des amis sincères ; et c'est à eux que je dois les moments les plus doux de mon existence. Mainte* nant, si dans les réunions particulières je me fais bizarre quelquefois, croyez bien que je le regrette. Et, avant tout, est-ce donc ma faute, monsieur ? Je ne veux pas mentir, et je ne sais pas farder ma pensée. Mon opinion, à moi, c'est que cette qualité de dire frandbement la vérité est l'apanage le plus digne d'un galant homme.

DON ANTONIO

Sans doute ; mais lorsque la vérité doit froisser vos auditeurs, comment vous y prenez-vous ?

DON PÈDRE

J'ai recours aiv. silence .

DON ANTONIO

Et si votre silence peut vous rendre suspect?

DON PÈDRE

Je bats en retraite.

DON ANTONIO

Pourtant on n'est pas toujours le maître de quitter son poste ; et alors. . .

ii4 LA COMÉDIE NOUVELLE, OU LE CAFÉ.

•Alors, je fais parler la vérité.

DON ANTONIO

Id même, j'ai bien souvent entendu des personnes s'occuper de vous. Toutes rendaient pleine justice à votre probité, mais toutes aussi s*étonnaient de l'àpreté de votre caractère.

DON PÈDRE

Apre , et pourquoi ? Parce que je ne viens pas prêcher dans les cafés ; parce que je ne me mets pas à répétailler le soir ce que j'ai lu le matin ; parce que je n'entame point de discussions, et que je n'étale pas une érudition ridicule , à l'instar de trois ou quatre ou dix pédants qui viennent ici perdre leur journée, afin de récolter les applaudissements des sots et les rires des gens sensés. C'est pour cela qu'on me décerne un brevet d'âpreté et d'extravagance ? Ah ! je n'en dors pas plus mal. Voyez-vous, je me trouve à merveille du principe dont je ne me suis guère écarté jusqu'à ce jour : c'est que dans un café on ne doit jamais friser le discoureur public, pour peu qu'on s'estime un homme prudent.

DON ANTONIO

Mais, qu'y faire enfin ?

DON PÈDRE

Parbleu ! prendre du café.

DON ANTONIO

Bravo ! Maintenant à un autre thème. Que comptez-vous devenir ce soir ?

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