‹ Les ComédiesChapitre 103 sur 405 · ACTE I, SCÈNE III. Ii · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. Ii

aller la voir, car je lui garantis personnellement qu^elie sera fort de son goût.

DON ANTONIO , se levant ; bas , à Pépé.

Est'Ce là Tauteur ?

PÉPÉ

Oui, lui-même.

DON ANTONIO, se rasseyant.

Et de qui est-elle cotte pièce ? Le sait-on ?

DON ÉLEUTÉRIO.

Monsieur, cette pièce est d'un jeune écrivain bien né, fort appliqué, de beaucoup d'espérance et quidébule aujourd'hui dans la carrière d'auteur dramatique. Seulement il faut dire que le pauvre garçon n'a pas l'ombre d'une protection.

DON PÈDRE

Mais puisque c'est la première pièce qu'il donne au théâtre, il n'est pas déjà si fondé à se plaindre. Que sa comédie soit bien faite, et nécessairement elle réussira. En ce cas, un gouvernement éclairé comme le nôtre et comme lui pénétré de l'importance extrême qu'une nation doit attacher aux progrès des lettres, ne laissera pas sans récompense l'homme de talent , quel qu'il soit , qui se sera distingué dans un genre aussi difficile.

DON ÉLEUTÉRIO.

Tout cela est très-beau, monsieur; mais ce qui est positif, c'est que le cher poëte sera obligé de se contenter des quinze doublons que les acteurs lui donneront en cas de réussite, avec mille grâces et bonsoir.

iÂS LA COMÉDIE NOUVELLE, OU LE CAFÉ.

DON ANTONIO

Vous dites quinze ? Je croyais , moi , que c'était vingt-cinq.

DON ÉLEUTÉRIO.

Non , monsieur ; à présent , au temps des chaleurs, on ne donne pas davantage. Âh! si nous étions en hiver, oh ! alors. . .

DON ANTONIO

Qu'entends-je ! Lorsqu'il commence à geler, les comédies renchérissent! Mais cest absolument comme les saumons ' .

( Pendant la suite de la scène, don Antonio se promène de côté et d*autre. Don Ëleutério adresse la parole tantôt à lui , tantôt à don Pedre. Mais ce dernier ne se donne la peine ni de répondre à ses discours, ni de Técouter. Alors don Ëleutério entreprend de nouveau don Antonio ; par instants il se tient en place, et par instants il marche derrière.)

DON ÉLEUTÉRIO.

Veuillez remarquer pourtant, monsieur, que, quelque minime que soit la rétribution de Fauteur, il s'arrangerait encore à merveille d'un semblable prix , pourvu qu'on lui commandât toutes les pièces dont la troupe aurait besoin. Mais il y a tant de cabales ! Les uns favorisent celui-ci , les autres celui-là} et il faut toute l'adresse d'un diplomate pour se maintenir dans les bonnes grâces des chefs d'emploi. Allez, j'en sais quelque chose! Et ensuite le nombre des écrivassiers est si grand , et chacun met une telle ardeur à se défaire de sa pacotille !

■ Besugos, les rousseaux. Ce poisson n'èlani connu que dans le midi de la France, nous l'ayons remplacé par le saumon.

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