‹ Les ComédiesChapitre 120 sur 405 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

'|)le d'une semblable obstination? Eh bien, non, monsieur ! Si je suis une ignorante ^ tant mieux pour moi ! Je sais écrire et arranger des comptes, je sais préparer un bon plat, je sais repasser, coudre , rentraire et broder ; je sais enfin avoir soin d une maison, et j'aurai soin de la mienne, *de mon mari et de mes enfants, madame ; et c'est moi qui me charge de les élever ! Or maintenant , répondez , mes maîtres, n*est*ce point assez de science conune cela? Doisrje donc être condamnée à devenir un docteur femelle et un bas-bleu ? dois-je suer sang et eau pour analyser la grammaire ou rimer des couplets? Mais pourquoi faire, ma sœur ? SeraitHse pour mieux perdre le jugement? Car, Dieu me pardonne, notre maison a tout Tair d'une maison de fous, depuis que mon frère a donné dans le vertige littéraire. Sans cesse le mari et la fenmie se disputent pour établir si telle scène doit être allongée ou raccourcie ; sans cesse ils sont à compter les syllabes sur leurs doigts , afin de voir si les vers ont leur mesure juste, ou non ; ensuite, ils sont à réfléchir si l'incident nocturne doit être placé avant la bataille ou après l'empoisonnement ; puis, du matin au soir, ils se mettent à fouiller et Mercures et Ga* zettes, et alors ils déterrent les noms les plus baro*^ ques , des noms qui se terminent presque tous en of ou en girafe pour en farcir leurs épisodes : et pendant ce temps-là les chambres se balayent comme elles peuvent, le linge est réduit à se blanchir tout seul , el les bas à se raccommoder d'eux-mêmes. Mais le

..pire de tout, c'est qu'on dîne par cœur et quon || soupe de mémoire. Ainsi, que croyez-vous, dûo

Sérapio , que nous ayons mangé à diner dimanche

dernier ?

BON SÉRilPIO.

Mais ; mademoiselle, comment voulez-vous que je sache. . . ?

DONA MARIQUITA

Eh bien ! Je veux être punie de Dieu si tout le festival ne s'est point réduit à une livre et demie de concombres bien jaunes et bien gros , que j'achetai à la porte ; le tout escorté par les restes d'un pain de la veille. Et maintenant nous étions six estomacs pour ce banquet , six estomacs dont le plus engourdi eût avalé un chevreau complet et une demifournée de pain, sans reprendre haleine.

DONA AGUSTlIfA.

Ah ! voilà son éternelle chanson ! toujours se plaindre de ce qu'elle ne digère pas assez et de ce qu'elle travaille trop. Mais, ma chère, je mange encore moins , moi , et je travaille infiniment plus, dans une seule minute consacrée à corriger une scène ou à régler le scénario d'une catastrophe, que toi en cou- 'sant, en lavant la vaisselle, ou en te livrant à toute autre besogne vile et mécanique.

DON HERMOGÈNE

Oui, Mariquita, c'est l'exacte vérité, et la senora votre belle-sœur a trente fois raison. Il y a une différence énorme d'un genre de travail à l'autre , et une expérience quotidienne est là pour nous ensei-

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