ACTE II, SCÈNE I. \H
gner que toute femme lettrée , toute femme initiée / dans l'art des vers , se trouve ipso facto exonérée (le toutes les obligations du ménage. J'ai même soutenu cette thèse dans une dissertation que j'ai eu l'honneur de lire devant l'Académie des cynocéphales ^ En effet, j'établis que les vers se confectionnaient à Taide de la glande pinéale, et les caleçons à l'aide des trois doigts appelés communément polleXy index ^ et in fa mis; c'est-à-dire que, pour la première fabrication, il est besoin de toute l'argutie du génie, tandis que, pour la seconde, il suffit d'une certaiue habitude de la main. Là-dessus je conclus, à la satisfaction unanime de l'auditoire , qu'il est plus difficile de produire un sonnet que de confectionner une épaulette de chemise; et qu'un tout autre tribut d'éloges est dû à la femme capable d'enlanter des dizains et des quatrains, qu'à celle qui n'est bonne qu'à faire une sauce aux tomates, une mayonnaise de poulet, ou un haricot de mouton.
DONA MARIQUITA
Cest donc pour cela que jamais chez nous on ne voit l'ombre d'une sauce, d'un haricot de mouton, d'un poulet, ni d'une mayonnaise ! Mais c'est tout naturel : quand on se nourrit de poésie, on peut se passer de cuisine.
DON HEBHOGÈNE.
Enfin il suffit, et je ne combattrai point vos opinions sur ce chapitre, mon idole ! Mais si jusqu'à présent il vous a fallu affronter quelque détresse,
< Télés de chien.
angnstani paupèriem^ comme dit le profane, à partir d'aujourd'hui ce sera tout autre diose.
(Pépé wtjpe par la porte du fond avec â«9 plats et des bouteilles; il po9e le tout sur le comptoir, puis il sort par la même porte. )
DONA MAR1QI3ITA
Mais permettez : que dit-il votre profane? Qu'on ne sifflera pas ce soir notre comédie?
DON HERMOGÈNE
Oh! mademoiselle, elle sera ensevelie sous les applaudissements .
DON SÉRAPtO.
Elle vivra tout un mois, et les comédiens seront obligés d'y renoncer, de guerre lasse.
DON A MARIQUITA
Bah! ce n'est pourtant pas là ce que pensaient les personnes qu'liier nous rencontrâmes chez le limonadier. Vous rappelez-vous, ma sœur? Et surtout ce grand monsieur; convenez-en, il ne mâchait pas ses mots.
DON SÉRAFIO.
Un grand, un grand, dites-vous? Oh! je le connais. (H se lève.) Un frippon fieffé > un composé de vices ! un homme avec un manteau ' , et qui a une balafre sur les deux narines! Le bandit! Pour tout
' Uno de eapa : porteur de mantoau, homme du commun. C'est à peu près dans ce sens que nous disons aujourd'hui en (ranimais un homme en blouse. Mais cette expression serait trop forte ici. Au siècle dernier, les grands seigneurs, les nobles, les financiers et les rentiers pouvaient seuls supporter les frais du riche costume espagnol; et le vulgaire , pour cacher ses vêtements modestes, s'affublait constamment de la capa^ du manteau.