‹ Les ComédiesChapitre 136 sur 405 · ACTE II, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VU

ma soeur sentit son cœur étourfer dans sa poitrine y et dès lors vous comprenez... Mais enfin elle est un peu mieux, et c'est là l'essentiel. D'ailleurs tout ceci s'est passé comme un éclair : pénétrer dans la loge, et assister à la bagarre que je viens de vous décrire, ce ftit l'affaire d'une seconde. Hélas! seigneur mon Dieu ! que sont devenus tous nos rêves d'or? Oh ! je l'avais bien prophétisé, moi , qu'il était impossible que cette comédie...

(Elle va s'asseoir près de doua Agustiua.) DON ÉLEUTÉRIO.

Et dire qu'il n'y a pas moyen d*obtenir justice d'un tel meurtre! Don Hermogène, don Hennogène, mon ami, vous qui savez toute la valeur de ma pièce, instruisez donc ces messieurs, , , Ou plutôt,

tenez... la V0ici% (il tire la comédie de sa poche, et la lui

donne.) Lisez, mon ami, lisez-leur tout le second acte, et qu'ils me disent, après cela, si une femme qui n'a rien pris depuis six jours n'a pas de bonnes raisons de se sentir agoniser, et s'il n'est pas simple comme l'alphabet qu'un enfant de quatre ans demande du pain à sa mère ! Oui, lisez, monsieur ; et quand vous aurez tout lu, je prierai qu'on me réponde si ce n'est point violer les lois de la conscience et les lois de Dieu que d'assassiner un homme de cette façon !

DON HERMOGÈNE

Moi , cher don Éleutério , je ne saurais pour le quart d'heure me charj^er d'une pareille lecture.

(Il met la comédie sur la table; IVpé la saisit avidement , s*a8sied sur une chaise, à distance , et dr\ore la pièce avec volupUv) (] PSt

304 LA œMÉDlE NOUVELLE, OU LE CAFÉ.

que, voyez-vous, mon ami, je suis fort pressé : mais nous nous retrouverons , et un autre jour. . . .

DON ÉLEUTÉRIO.

Comment ! vous nous laissez , don Hermogène ?

DON A MARIQUITA

Vous nous quittez ainsi?

DON HERMOGÈNE

Certainement , si ma présence devait d'une manière quelconque apporter un soulagement à voire position, je ne bougerais pas; mais les circonstances étant telles...

DONA MARIQUITA

Vous ne pouves^ nous abandonner !

DON HERMOGÈNE

Il m'est trop douloureux, mademoiselle, d'assister à cet amer spectacle; et d'ailleurs j'ai des travaux qui me réclament. Maintenant, quant à la comédie, tout est dit sur son compte; elle est enterrée, et il est impossible qu'elle ressuscite jamais. Néanmoins , comme je suis à cette heure occupé à écrire une apologie de notre théâtre , je citerai votre pièce avec éloge; je proclamerai qu'il y en a d'autres qui [sont plus détestables ; je prouverai que si elle man- 'que de règles et de connexion, cela tient à ce que l'auteur fut un grand homme : je tairai ses défauts...

DON ÉLEUTÉRIO.

Quels défauts?

DON HERMOGÈNE

Votre comédie en renferme quelques-uns.

( Pcpô sort, en lai^i8allt la piwe sur la table.)

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