‹ Les ComédiesChapitre 147 sur 405 · LÉONARDO, TERMINA · texte numérisé non relu

LÉONARDO, TERMINA

LÉONARDO

En vérité, Fermina, je ne sais quelle étrange métamorphose est ceci, et j'ai peine à concevoir qu'en trois semaines d'absence mes rêves de bonheur aient fait place aux déceptions. Que signifient tous ces mystères? Pourquoi Isabelle refuse-t-elle de me voir ? Pourquoi sa mère, après m'avoir donné de si grandes preuves d'estime, me congédie-t-elle en m'accablant d'injures ?. . . Hélas ! que ne doit point redouter un malheureux ! . . . Mais, dis-moi, ce baron, auquel on offre l'hospitalité céans...

FERMINA.

liC baron ?

LÉONARDO

Oui ; à quoi vise-t-il ? quels sont ses projets ?

230 LE BAKON.

FERMINA.

Il m'est impossible de demeurer une minute.

( Elle regarde à l'intérieur avec inquiétude/ LÉONARDO.

Mais, voyons...

FERMINA.

Croyez-moi, madame peut venir, et si elle vous rencontre ici, gare le grabuge.

Dès que lu m'auras appris mon triste sort, je m'en irai. Parle!

FERMINA.

Eh bien , voici l'histoire : Vous savez qu'il y a deux mois, ou bien peu s'en faut, le baron de Montépino se présenta chez nous à Illescas. li loua une chambre dans la grande auberge vis-à-vis : se trouvant si proche voisin, il entamait, de sa fenêtre, la causerie avec nous autres. Dame ! ce n'était d'abord qu'un jeu , des babioles de voisinage. Puis il vint à la maison jusqu'à une demi-douzaine de fois, et surle-champ on fut lié d'une étroite amitié. Monsieur le baron parla de ses vassaux ^ de son illustre nom, de ses revenus, de ses procès avec le roi , et de ses mules; et ainsi il parlait et parlait toujours. Madame l'écoutait, bouche béante et stupéfaite d'admiration ; chaque mot qui échappait au noble personnage lai semblait un trait d'esprit. Mais le diable voulut qu'à ce moment vous vous missiez dans l'idée d'aller voir votre cousin , et , franchement , vous ne pouviez choisir une plus mauvaise occasion.

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