‹ Les ComédiesChapitre 148 sur 405 · ACTE I, SCÈNE 1. t3l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE 1. t3l

LÉONARDO

Ecoute ! si près de Tolède ^ et mon cousin ma* lade à la mort. . . y avait-il moyen ... ?

PERtflNA.

Je ne sais, l'ai hàle de finir ; il ne faut pas qu'on nous surprenne. Or donc notre baron multiplia ses visites de plus belle, toujours faisant Tescorte à mes maîtresses, toujours papillonnant autour déciles; plein de tendresse pour la jeune personne et rempli d'attentions pour la vieille, de manière à l'éblouir tout à fait. Il lui a soufflé en tête mille chimères, et la bonne femme ne jure plus que par ce cher baron. De son côté , fort du respect et des sympathies qu'il rencontre, le voilà qui se plaint , du matin au • sou*, de la saleté de l'auberge, de la négligence du service, du chant des coqs qui trouble son sommeil ; de la nudité de sa chambre, où il n'y a ni table ni chaise. Enfin, il fait tant, et madame donne si bien dans le panneau , qu'elle envoie quérir la méchante valise de notre gracieux visiteur. Aussitôt, par toute la maison , des mesures efficaces sont adoptées pour que Sa Seigneurie puisse déjeuner, dtner, souper et dormir à sa guise. En réalité, il est déjà le maître ; on lui a cédé les pièces d'en haut. Il descend pour dtner, et remonte foire sa sieste ; il redescend pour sa partie d'hombre, ou sort pour faire une promenade avec ces dames; puis, au retour, il boit frais^ il soupe comme un mécréant, remonte, et se couche . voilà sa vie ! ... Le motif qui l'amène en ces lieux, c'est, à l'entendre (mais bien sot qui le croi-

3di LE BARON.

rait î ) une de ces affaires d'honneur comme il en foisonne dans les romans. Des persécutions, des jalousies de cour, des démêlés avec... Dieu sait qui! Tobligent à vagabonder de droite et de gauche. Bref, des mensonges, un pitoyable tissu de mensonges!... Et voilà ce qui se passe. Maintenant faite&-en votre profit. Isabelle vous aime beaucoup; mais dame! Belzébut brouille parfois les cartes, et alors. . .

LÉONARBO.

Oui, sa mère est capable de lui faire violence, de me chasser de ses pensées; elle saura la contraindre à lui obéir. La contraindre ! Mais qui m'assure de sa fidélité? qui sait si déjà , vouant à Toubli Tamant ^ dont la passion est sincère : elle n'ira pas avec joie donner sa main à un inconnu?... Adieu! (U va pour sortir et se ravise. ).. . Chère Termina , tu dois juger de l'ardeur de mon amour; fais donc en sorte que je puisse voir Isabelle, et lui parler enfin. Dis-lui tous les tourments qu'elle me cause; dis-lui surtout que l'amant, même le plus malheureux , s'il n'a pasdrbit à l'affection, a droit du moins à la franchise!

( u sort.)

Pauvre jeune homme ! je crains bien que ce fameux baron ne te dame le pion . Hé quoi ! pendant tant d'années tu te seras bercé d'illusions flatteuses, tu auras poussé tant de soupirs perdus, tant de fois tu auras rôdé auto^vr de la porte, et tout cela pour que tes projets amoureux demeurent à l'état

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