ACTE l, SCÈNE iX
LE BARON
Comme aux événements led plus heureux $e mêlent les soucis et les peines ! Cet individu dont je vous ai parlé à plusieurs reprises, et que j'envoie à Madrid sous un déguisement pour examiner et observer la tournure des choses, pour communiquer avec ma femille et mener à bonne fin toute notre correspondance, il vient d'arriver^ seûora.
Là tante MONIQUE.
En vérité l Est-ce un messager de bonheur ?
LE BARON
Voilà une lettre de ma sœur ; si vous le désirez, vous pouvez en prendre lecture.
(U lui donne une des lettres ; la tante Monique m met à lire. )
LA TANTE MONIQUE
a Mon bien-aimé frère, j'ai reçu votre dernière mis- « sive , avec la bague en brillants que vous m^offrez a de la part de cette dame- Je vous prie de lui en « exprimer mes remerolments les plus empressés, et « de rassurer combien je souhaite de faire sa con- <x naissance. Dites- lui que je ne lui adresse rien « pour cette fois, de Crainte d'avoir, vis4-vis d'elle, a Tair de vouloir payer ses amitiés et le service « qu^elie vous rend. Les cadeaux, fussent*ils des tf plus précieux, seraient toujours bien au-dessous de « la cordiale estime quç je nourris pour sa personne. « Notre cousin Tarchevéque d^Andrinopolis a écrit « de Cacabélos, et il paraît que, sous peu de jours, a il sera dans son diocèse. Mille compliments de la a part du connétable et du marquis de Famagosta ,
260 LE BAKON.
« son beau-frère. Vous pouvez , du reste, vous ima- « giner de quels transports nous avons salué ie « triomphe de votre innocence et la condamnation « des auteurs de cette cabale. Le roi désire vous « voir; même désir chez vos amis et vos parente, a et par-dessus tout chez votre bonne sœur,
« La vicomtesse be Mostacak. »
( Parlé. ) Oh ciel ! mais c*est trop de grâces à la fois ! (Elle lui rend la letti^.) Veuillez agréer toutes mes félicitations. Dieu soit loué !
LB BàROM.
Hélas! madame...
LÀ TANTE MONIQUE
Quel chagrin vous afflige donc en présence de tant de prospérités ?
LE BARON
Le plus grand, le plus funeste pour moi. Prenez cette lettre, et lisez-y mon arrêt de mort.
( n donne nne antre lettre à la tante Monique. ) LA TANTE MONIQUE, lisant.
« Il est certain , mon cher neveu , que tes affiôres « se sont arrangées au gré de nos souhaits. Dans la « journée d*hier, on a publié la sentence du roi : elle « déclare injustes toutes les attaques dirigées contre « toi , et le comte de la Péninsule , ton accusateur, « est condamné à la prison perpétuelle dans le chà- « teau des Sept-Tours. Je m'occupe à disposer en « toute hâte les carrosses et les gens qui doivent « venir te chercher. Mais au milieu de tout cela, tt c^est bien le moins de te rappeler ton mariage