ACTE U, SCJÈiNE VI
DON PÈDRB.
C*est que vous ne vous apercevez pas combien ôela les fait rire, et combien cela me donne, à moi, envie d'éclater de rage. Croyez -vous donc qu'on puisse froidement entendre insulter ainsi sa propre soeur ? Oh ! je ne vous dis que la vérité. Si vous voulez réduire au silence les maudils bavards , si vous tenez à faire justice de tous les propos que l'on répand sur votre compte, mariez Isabelle, mariez-la promptement.
LA TANTE MONIQUE
C'est bien mon idée.
Et qu'il se dépêche de partir , ce baron ou plut<^t re démon qui nous échauffe la tête à tous !
LA TANTE MONIQUE
Quand il en aura exprimé le désir, les portes seront libres.
DON PÈDRE
Et s'il ne veut pas?
LA TANTE MONIQUE
S'il ne veut point , je n'aurai pas l'audace ni l'impudeur de le chasser de chez moi. Â un gentilhomme de son rang, auquel je suis redevable de tant d'attentions, vous semble-t-il donc convenable de faire une telle avanie? Monsieur mon frère, avec vos airs de finaud , vous pouvez passer pour un prophète; mais en fait dWbanité et d'éducation, allez , vous n'êtes qu'un écolier.
DON PÈDRE , «'asseyant. .
Ainsi donc cette nouvelle était vraie ?
294 LE BARON
LÀ TANTS . MONIQUE.
Quelle nouvelle?
DON PÈDRE
Mais la persuasion , la conviction où vous êtes que le baron va devenir votre gendre. Il n'y a pas d'exemple d'un aveuglement pareil! Maudite vanité . tu nous perds , en nous ôtant le bon sens ! Un mortel d'aussi haut lignage, un cousin de oomles et de ducs, l'arrière-petit-fiis de la reine Urraca , le fils de l'arrière-petil^fils du roi don Silo , venir nous faire la grâce de se marier avec votre fille ? Quelle bourde-, ô mon Dieu!
LA TANTB MONIQUK. '
Qu'appelesE-vous une bourde ? Est-ce que, pft^ hasard , vous U'ouveriez mauvais , si une occasion favorable se présentait, que nous la missions à profit? Serait-ce donc la première fois qu'un grand seigneur épouserait une femme d'humble condition ? Ne savez-vous pas que la passion renverse tous les obstacles ?
DON PÈDRE
La passion , ma bonne sœur? Qu'esl-ce que vous nous décochez là? Prenez garde ! . . . Où jamais avezvous rencontré des passions de cette sorte ? Dans l&f comédies, où l'on voit des princes de Danemark vêtus en jardiniers, et amoureux comme des fous de quelque petite bergère avec sa panetière et ses chèvres. On se conte fleurette ; puis viennent la jalousie, les dédains, les pleurs, enfin, la pluie et le beau temps, jusqu'au jour des noces. Alors la farce est dé-