ACTE U, SCÈNE XVIII. 3i
DON PÈDRE
Ici nous devons tenir les objets précieux. Regardez ! Une tabatière. . . et c'est la vôtre , ma sœur ! Un morceau de galon, une cuiller d'argent...
FERMINÀ.
Quelle horreur ! C'est celle que je lui ai donnée ce matin avec le pot de confitures. '
DON PÈDRE
Un nécessaire, deux jeux de cartes , une bague. . . toujours à vous, ma sœur. Ah! de l'argent aussi? Eh bien! c'est un voleur honnête; il emprunte, mais il restitue.
FERMINÀ.
Oh ! il a la conscience délicate ' !
LA TANTE MONIQUE
C'est assez. Laissez-moi seule. Allez ! il est déjà tard. Toi , Pascal , descends pour fermer les portes. Allez-vous-en tous!
DON PÈDRE
A qui en avez- vous donc, ma sœur?
Le misérable! l'infâme! Et moi, si simple, si bonasse, lui permettre de se jouer de moi de la sorte!
ISABELLE
Ma pauvre mère !
' Dans oeUe dernière scène, la nouvelle édition Baudry a supprimé, avec beaucoup de raison, la longue leUre que le baron laisse à Léonardo pour jeter lui-même son masque. Ce détail ne (ait que diminuer Tintérét, et d'ailleurs il y a déjà deux autres lettres dans la piècp.
330 LE BARON. V
LÉONARDO
A quoi bon tant vous affliger ?
DON PèDRB.
Une courte erreur, lorsqu'elle ne produit aucune conséquence funeste, est souvent utile, car elle nous instruit, et nous dessille les yeux. Vous désiriez sortir de Thumble sphère où le ciel vous a placée, et vos illusions, ma sœur, ont failli creuser sous vos pas un abîme de maux. Je frémis à la seule pensée déco qu'aurait pu nous coûter votre aveuglement.
LA TANTE MONIQUE
Je l'envisage, moi, cet abime; et c'est ce qui m'oppresse et me tue.
DON PÈDKE.
Voici votre consolation! Isabelle, viens vite, t'I embrasse ta mère!
LA TANTE MONIQUE
Mon Dieu ! mon Dieu ! . . .
(Isabelle embrasse sa mère avec tendresse. Don Pèdre, prenant par la main Léonardo, le fait approcher également.)
DON PÈDRB , à la tante Monique.
Vos enfants, les voilà!... Ils n'attendent plus que votre bénédiction pour être heureux. Venez, Léonardo, et soyez sans crainte , car les choses ont bien changé de face.
(Isabelle et Léonardo s'ageoottiUent aux pieds delà tante Monique.)
LA TANTE MONIQUE
Vous avez raison , mon frère... Hélas! ma bonne fille!... Et vous, Léonardo, pardonnez-moi toutes mes folies, Isabelle vous appartient!
(Elle les embrasse tous deux.