D()NA CLARA, LUCIE
DOlfA CLARA.
Ma bonne Lucie, tu me vois tout en jubilation. C'en est fait de la guimpe, c'en est fait du couvent!
LUaE.
Vous me contez cela comme une grande nouveauté? Mais je sais fort bien , mademoiselle , que vous avez donné congé à ces idées-là !
BOlfA CLARA.
Rien de plus vrai; pourtant tu ne devines pas juste. Apprends, Lucie , que don Claude est amou<» reux fou de moi !
LCCIB .
Par exemple !
BOlfA CLARA.
Oui , ma chère ; et ne crois pas au moins que ce soit un feu de paille. Non, c'est une belle et bonne passion. Nous devons nous rencontrer pendant l'heure de la sieste; nous arrêterons dès lors nos projets, nos mesures, et...
LUCIE
Puisque nous en sommes sur ce chapitre, sachez, mademoiselle , que le fils de la notairesse ' vous attend , au coin de la rue , pour obtenir la faveuV de deux minutes d'entretien.
* Le mot espagnol employé ici est égaleDieiit iiu féminin, créé exprès.
DONA CLARA
Sors, liUcie, et cours lui dire qu'il revienne, ou plutôt qu'il ne revienne pas.
LUCIE
Voilà une ingratitude bien noire !
DONA CLARA
Et que m'importe? Je l'aimais hier, parce que je m'imaginais qu'il fallait à toute force me tenir à ce garçon ; mais maintenant je lui donne permission d'aller frapper ailleurs.
LtJCIE .
Ce qui m'étonne, c'est la focilité avec laquelle vous placez votre confiance dans le cœur de ce beau
Quoi! tu oses m'en remontrer, sotte créature? Astu donc, comme moi, observé, depuis le moment où il a franchi notre seuil , de quelle froide indifférence il a toujours payé ma cousine Inès? Au salon, à table, ne s'est-il pas toujours assis à mes côtés? Et tu sais , Lucie , si je me connais en pantomimes ! Pas plus tard qu^hier, et sans que personne s'en aperçût, il m'a pressé la main, et bien pressé, je te l'assure, en me disant tout bas : « Hélas! belle Gara, que vous êtes adorable et séduisante ! »
LUCIE
• Et vous, qu'avez-vous répondu?
DONA CLARA
Que vonlais-tu que je répondisse devant le monde? Je pris une contenance qui devait trahir ma salis-