DON LUIS, DONA INÈS
DON LUIS
Des larmes, Inès?
DONA INÈS
Hélas! mon père, ne suis-je donc pas en droit de pleurer? M'est-il possible d'endurer cette accusation que mon oncle appuie avec tant d'acharnement? Ne serait-ce pas manquer de cœur?
Ah! Inès, tu es bien jeune encore, et les années viendront t'apprendre, par des épreuves douloureuses , que la vertu innocente est trop souvent en butt^ à l'envie , à la vengeance, et à cette sourde haine , plus détestable mille fois ! Mais , mon enfant , pour terrasser tous ces démons , il nous reste une conscience ferme et pure, et un Dieu qui nous contemple.
DONA INÈS
Mon bon père !
DON LUIS
Fille chérie! (H l'embrane.)
DONA INÈS
Mais vous savez donc la vérité ?
DON LUIS
Oui, je sais tout; je sais que les crimes dont ils ont voulu te noircir à mes yeux n'étaient qu'une calomnie. Inès, ton père est fier de toi : que veuxtu davantage?
DON A INÈS
Oh! ct^la me suffit.
DON LUIS
Un tel scandale était incompatible avec ta sagesse , ta pudeur, ton honnêteté ! Ainsi , chère petite, tu vois bien que tes larmes sont hors de propos. A moins pourtant... mais c*estune idée absurde ! . . .
DONA INÈS
Que pensez-vous , mon père ?
Que tu ne pleures par jalousie.
DONA INÈS
Par jalousie! Et qui donc me rendrait jalouse? Croyez-vous que ce soit don Claude, cet écer\'elé, cet extravagant ?
DON LUIS
11 faut être juste : je verrais là une grande folie de ta part.
DONA INÈS
Ne vous rappelez-vous point ce que je vous ai dit à son sujet, et l'impression que m'a causée sa conduite ? Oh ! votre volonté seule aurait pu me contraindre ...
DON LUIS
Jamais, mon enfant! Te contraindre? loin de moi une pareille intention ! Ton père, Inès, est ton ami.- Il ne désire qu'une chose, ta félicité : c'est là Tunique récompense digne de ton amour, digne de ton respect pour moi! Non, tu n'épouseras point ce