‹ Les ComédiesChapitre 281 sur 405 · SCÈNE IL DON MARTIN, DONA CLARA, PÉRICO · texte numérisé non relu

SCÈNE IL DON MARTIN, DONA CLARA, PÉRICO

DON MARTIN

Allons, ma fille, je te l'ai dit déjà, ces excès de dévotion me fatiguent. Il me semblait qu'il t'avait parlé avec assez de franchise, le bon pèreGil. Oui, comme si ce n'était presque rien , c'est une petite capucine qu'elle voulait devenir! Ambition fort louable sans doute; mais il faut considérer qu'il n'est point donné à tout le monde de résister à des épreuves aussi rudes, aussi soutenues, et telles, en un mot, que cet ordre les exige. Vois plutôt ce qui est arrivé à sœur Blasa , du Cœur de Sainte-Thérèse ' ! Tu te rappelles à quel point cette enfant était robuste et d une belle santé ? Eh bien , dès qu'elle fut sous la discipline , elle perdit ses couleurs , et l'appétit déserta. Puis vinrent les vomissements, les flatuosités; on la purgea, on la saigna; elle se traîna entre un mieux et un plus mal , et , au bout

* Sot Blasa de la Trasverberacion ; mot à mot : sœur Blasa du Transpereement. Sainte Thérèse eut une vision dans laquelle un ange lui transperçait le cœur avec une flèche.

de dix-huit mois de séjour au monastère, sœur Blasa mourut.

Bien, monsieur! Prodiguez -lui vos sages conseils, et faites- ta revenir le plus possible.

DON MARTIN

Qui es-tu , toi ?

PÉRICO.

Je suis de la maison; je suis Périco, pour vous servir.

(H fait une salutation» et sort par la droite.) DON MARTIN.

Âh! c'est là le valet de mons... Au revoir, mon ami. Il a une bonne figure, ce garçon... Oh! je ne plaisante point; et dans ce qu'il t'a représenté, ma fille, il a prêché comme un livre. Ainsi donc tienstoi pour avertie ; je t'avais défendu déjà de te mettre l'esprit à la torture. En vérité, tu t'absorbes dans le chagrin et tu te laisses dépérir à penser à ces choses-là ! M'entends-tu ?

DON A CLARA

Je vous entends, mon père.

DON MARTIN

Crois-moi, plus tard, lorsque tu auras acquis de l'expérience à ce sujet, tu remercieras Dieu mille fois de te trouver dans le couvent où je te place. Et surtout ne va pas dès l'abord t'aviser, par des pénitences extraordinaires, de te vouer au martyre; non, juste ciel! Sois modérée, ma fille, montretoi pleine de soumission et de réserve; à tes*

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