ACTE UI, SCÈNE XVIl. 4H
rinfortune ? Ah! maudit soit le mortel qui condamne ses richesses à la stérilité, et qui vieiit expirer sur son trésor.
DON MARTIN
Inès, mon enfant!
DON LUIS
' Inès , ma fille adorée !
Toi y tu es vraiment sainte !
D0NA> INÈS
Non , mon oncle, je suis compatissante, et voilà tout. Mais le temps presse, c^r je veux aujourd'hui
même signer cette donation. ( Elle prend par U main donn Clara, et l'attire doucement vers elle. )
DONA CLARA
Inès , toute ma conduite envers toi a été indigne ! Oh! je t'en supplie, accorde- moi ton pardon. (Elle
lui baise les mains.)
DONA INÈS
Quelle folie , ma cousine ! Je ne me souviens dé rien , je t'assure.
DON MARTIN
Mais je me souviens, moi! (Adonaciara.) Je n'oublierai jamais ta fausseté et ton hypocrisie , détestable créature !
DON LUIS
Allons, jusqu'où vous emporte votre courroux, mon frère? Croyezrmoi , il n'y a point à lutter contre les événements accomplis. Faisons ce que nous propose Inès ; qu'elle partage ses biens avec voire
tille; j'y consens de grand cœur! Seulement œUr bonne idée peut parfaitement s'exécuter sans signatures et sans contrat. Inès a prorois , et sa promesse doit suffire. De cette manière, nous pourrons astreindre les nouveaux époux à rester dans le droit chemin. Clara se verra obligée d'abord, par la force des choses , de témoigner sa reconnaissanoej à sa cousine : elle saura donc , je l'espère , se conduire désormais en honnête femme , et surtout r( primer les extravagances de son mari. Mais si, poi dernière supposition^ la voix de l'honneur était coi plétement éteinte dans Tâme de Clara, eh bieal alors l'intérêt lui imposerait ce qu'elle ne ferail point par devoir. Enfin, mon frère, je vous le de* mande à mains jointes, car je ne voudrais pas qu'un refus vint affliger cette pauvre Inès, dont les yenx sont fixés sur vos lèvres. . . mon frère , pardonnez à vos enfants !
(Don Claude et dona Clara se jettent aux pieds de don Martin.
Celui-ci leur fait signe de se releYer.)
\ DON MARTIN
C'est bien; relevez-vous tous deux , et surtout ne m*adressez point la parole ! . . . Dieu ! quel chagrin
m'accable ! ( il s'avance yers dona Inès pour rembrasser.) Et
comme j'ai méconnu ce cœur d'or, comme j'ai élé [injuste envers toi, ma fille, ma bonne Inès!
DON LUIS
Sa destinée, à celle enfant, sera de demeurer la bienfaitrice do sa cousine , le bon ange de nolrr maison et le soutien do la vieilles.^o, frère!.,. Oh!
ACTfc; III, SCÈNE XVII.
puisse la Providence combler de félicités nos deiiv filles, et les enchaîner l\ine à raiitre par une aniitit* sincère et durable !
DONÀ IMÈS.
Oui, mon. père, désormais nous vivrons toujours comme deux amies, comme deux sœurs.
( Dona Inès et dona Clara s'embra^âent.) DON LUIS.
C'est mon espoir du moins! . . . (il prend la main de >a
fille.) Écoute, chère Inès, tu ne saurais ^imaginer combien mon cœur est ravi ! Le plaisir que tu nie causes l'emporte sur toutes les joies de ce monde, ci je n'échangerais pas le bonheur d'être ton père con* tre le trône du plus puissant monarque. Plût an ciel que ton exemple fût une leçon publique ! S'ils te voyaient, ces malheureux qui se laissent si facilement duper par les apparences, ils parviendraient enfin à distinguer la vraie vertu du ma^^que de Thjpocrisie !