SCÈNE IV, DONA IRÈNE, DON DIÈGUE
DOffA IRÈNE.
C'est une vraie petite fée, un vrai petit Amour.
Ah ! cette gentillesse si naturelle lui donne un charme irrésistible.
DONA IRÈNE
Que voulez-vous ? Élevée sans artifice et loin des embAches du monde , heureuse de se retrouver sous l'aile de sa mère , et , bien plus encore, de se voir si promptement établie, est-ce donc une si grande merveille que la grâce éclate dans chacune de ses paroles, dans chacune de ses actions, surtout, monsieur, lorsqu'elle a pour juges les regards d'une personne qui s'est tant préoccupée de son bonheur ?
Ce que je lui demande seulement , c'est qu'elle
51 è LE OUI DES JEUNES FILLES.
s'explique à cœur ouvert sur noire union projetée, c/est qu'dle parle...
DONA IRÈNE
Elle vous répéterait mot pour mot ce que j'ai en rhonneur fie vous dire.
Oui , je n'en doute pas. Mais, madame, recueillir par moi-même la certilude que je mérite une place dans ses pensées, entendre ce charmant aveu s'échapper de sa petite bouche rose, ah! ce sérail pour moi un plaisir inexprimable.
pONA IRÈNE.
Oh! n'ayez pas la plus légère défiance à cet égard; mais réfléchissez combien une jeune fille serait mal venue de confier aux lèvres le secret de son âme! Que penseriez- vous , seigneur don Diègue , d'une demoiselle remplie de pudeur et élevée suivant les lois de Dieu , si elle s'avisait de jeter à la tête d*un homme cette ingénuité : « Monsieur, je vous adore ! »
nO^N DIÈGUE.
Permettez... Si cet homme était le premier veau qu'elle rencontrerait par hasard dans une rue de la ville, et qu'elle lui fit tout à coup une pa* reille déclaration, oh ! dans ce cas la demoiselle mériterait le plus grand blâme ; mais lorsqu'il s'agit d'un de vos amis dont elle doit devenir la femme sous très-peu de jours, il lui est bien permis d'oser parler. Sans compter d'ailleurs qu'il y a certaines manières de s'expliquer. . .