ACTE l, SCÉNK VIII
CALAMOCHA.
Nous arrivons tous les deux à l'instant raéme.
C'est bien la vérité?
CALAMOCHA.
Avec cela que j'ai envie de rire ! Mais tu vas voir : Sitôt que mon maître eut reçu la lettre de ^ (lona Paquita ^ il s'en fut je ne sais où , parla avec* ^ je ne sais qui, et disposa tout je ne sais comment. Bref, le soir mème^ nous laissons les murs de Saragosse. Nous brûlons le pavé comme deux éclairs. Nous débarquons ce matin à Guadalaxara, et nos premières investigations nous apportent la consolante nouvelle que les oiseaux sont dénichés. Nous enfourchons derechef nos bidets, et nous voilà galopant , suant et fouettant , clic et clac. Enfin , nos malheureuses bêtes étant éreintées et nous-mêmes à moitié broyés , nous avons fait halte ici , avec la ferme intention de repartir demain de plus belle. Mon lieutenant, à cette heure, se trouve au grand collège, où il est allé rendre visite à un sien ami , pendant que Ton accommodera un souper présentable... Voilà, Rita, voilà notre histoire!
9 RlTA.
Ainsi , nous avons ton maître en ces lieux ?
CALAMOCHA.
Et vous l'avez plus amoureux que jamais. Il frémit de jalousie, ef ne rêve que projets homicides. Il est bien résolu à couper le sifflet à tous les ma-
*i4 LE OUI DES JEUNES FILLES.
nants qui auraient l'audace de lui disputer Tidole de ses pensées ' !
RITA
Mon ami , que me racontes-tu là ?.. ,
CALAMOGHA.
Je te l'ai montré tel qu'il est.
RlTA.
Oh! tu me ravis l'âme! Oui, c'est maintenant que ton maître fait bien voir qu'il a de l'amour.
CALAMOGHA.
De l'amour ? Dis donc de la frénésie ! A côté de mon lieutenant, le Maure Gazul n'est qu'un pleutre, Médor un rien du tout , et Gaïféros un écolier de huitième.
RlTA.
Dieu ! quand mademoiselle le saura ! . . .
CALAMOGHA.
Mais vidons le sac d'abord. Comment se fait-il que je te trouve ici ? Avec qui voyages-tu ? Quand es-tu arrivée? Quel dessein...?
RlTA.
Écoute, mon brave : Depuis un certain temps, la mère de dona Paquita ne cessait d'envoyer lettres sur lettres, nous disant qu'elle avait arrangé le mariage de la jeune personne à Madrid avec un cifvalier riche, honoré, estimé, enfin un phénix de mari et le plus beau parti imaginalble ! Mademoiselle, sans cesse harcelée par de telles représentations , et sans r^
' Stt Cunifo idolatrndn. Ci'RRiiA est encore un diminutif ^ Frnncisva.
ACTK 1, SCftNK Vllf. 5in
lâche obsédée par les :»ermons de cette bienheureuse tante, se vit dans 1^ triste nécessité de répcmdre qu'elle se soumettait à tout ce qu'on exigerait d'elle. Mais^ mon ami, je ne saurais te peindre les larmes de cette pauvre petite et son désespoir. Adieu la faim, adieu le sommeil! Et le plus terrible encore, c'est qu'il fallait dissimuler pour que la tante n'eût pas Tombre d'un soupçon. Aussi, après avoir triomphé du premier effroi , nous nous mimes à passer en revue tous les moyens de détourner l'orage, et nous sentîmes bientôt qu'il n'y avait d'autre salut pour nous que d'aviser ton maître. Nous espérions que son attachement était aussi sincère et aussi loyal qu'il nous l'avait juré. Dès lors il ne devait jamais souffrir que sa pauvre Paquita devint la proie d'un inconnu, et il ne laisserait point se dissiper ainsi en pure perte tant de douces paroles, tant de pleurs et tant de soupirs dont les murs du cloître furent les seuls témoins. Enfin il n'y avait pas trois jours que notre dépêche vous était expédiée, patatras ! voilà le coche et les attelages, et le conducteur Gasparet avec ses bas bariolés d'azur, qui nous amènent la mère et le prétendu, empressés de venir chercher l'enfant. Vite nous rassemblons nos hardes, on attache les malles, on embrasse les bonnes sœurs, et, en deux coups de fouet, nous arrivons avant-hier k Alcala. Maintenant, la cause de cette halte, c'est que mademoiselle a dû faire sa cour à une autre tante, également relijrieuse, résidant ici , et tout aussi couverte
de rides ^ tout aussi sourde que celle que nous avons quittée. Déjà Tentre vue a eu lieu; déjà mademoiselle a été baisottée à la ronde par toutes les dames du couvent, et je crois bien quQ demain, de bonne heure, nous continuerons notre chemin. Voilà donc le hasard qui nous a rassemblés , et par suite...
CAL AMOCHA.
Oui, jeté dispense d'aller plus loin. Mais, dismoi, le futur doit se trouver dans cette auberge?
RITA
Tiens , sa chambre est là . Puis, à côté, voici celle de la maman , et enfin la nôtre.
CALAMOCHA.
- Ah ! la nôtre ? La tienne et la mienne ?
RITA
Non , ma foi ! Je veux seulement indiquer que dans cette chambre nous coucherons ensemble aujourd'hui, mademoiselle et moi; car, hier, nous nous étions fourrées toutes les trois dans celte pièce-là en face ; mais il n'y eut pas moyen de songer un instant à nous tenir debout, ni à fermer les yeux , ni même à respirer.
CALAMOCHA.
Fort bien... Je te salue, Rita.
( îl reprend ses effets, et fait mine de s'éloigner. ) RltA.
El OÙ vas-tu ?
CALAMOCHA.
Je m'entends... Mais, à propos, le futur a-t-il