ACTE II, SCÈNE V. r
Vous commander , chère petite ! Oh ! dans des matières aussi déHcates, les parents qui ont le moindre sens commun se gardent bien de commander. Ils indiquent, ils proposent, ils conseillent, et rien de mieux ; tout cela est rationnel : mais commander! Et qui donc plus tard détournera les suites funestes d'ordres pareils ? Combien n'àvonsnous pas vu de ces mariages de malheur et de ces unions monstrueuses sortir des décrets d'un père, là ou ce père stupide n'aurait jamais rien dû décréter ! Non, juste ciel ! ce n'est pas ainsi que doit marcher le monde. Écoutez-moi bien , dona Paquita ; je ne suis pas de ces hommes qui se dissimulent leurs imperfections. Je sais à merveille que ni ma figure ni mon âge ne sont faits pour allumer des flammes désordonnées; mais je n'ai pas cru impossible non plus qu'une jeune personne douée d'un grand sens, et élevée dans de bons principes, arrivât à me chérir de cet amour tranquille et constant , image si rapprochée de l'amitié, et qui seul, du reste, peut rendre les époux heureux. Pour atteindre mon but, je n'ai point été chercher une de ces^ demoiselles de famille qui vivent dans une liberté décente. Je dis exprès décente, car je ne veux pas incriminer ce qui ne porte aucun obstacle à Texercice de la vertu. Mais laquelle de ces demoiselles n'eût été déjà prévenue en faveur d'un cavalier plus jeune et plus beau? laquelle? et dans Madrid! Songez donc, dans ce Madrid!... Sous l'empire de ces trop justes idées, j'ai pensé
qu'en vous, Paquita, je trouverais peut-être enfin l'objet de tous lues vtBuxv
DOMA IR&lfE.
Et pouv€s-vous douter un seul instant, donDiègue, que ma fille...?
Madame ^ je vais finir ; veuillez avoir la bonté de me laisser finir. Certes, je me rends très-bien compte, chère Paquita , de la douce influence qu'ont dû exercer sur une àme ôomme la vôtre les saintes coutumes que vous avez vu pratiquer dans cet innocent asile de la piété et de la vertu ; mais si néanmoins votre imagination secrètement enflammée, ou, mieux encore, si des circonstances imprévues vous avaient inspiré déjà un dioix plus digne , ah ! soyez convaincue que jamais je ne prendrai pour arme la violence. Je suis franc, madanoiselle, et toujours ma bouche traduira fidèlement le langage de mon cœur. Eh bien , à votre tour je vous demande la même sincérité. La tendresse que je vous porte ne doit point causer votre infor- , tune. Jamais non plusNotre mère ne voudrait se prêter à une telle tyrannie, car elle doit être p«isuadée autant que personne qu'on ne procure pas la félicité par la force. En un mot , si vous ne reconnaissez pobit en moi des qualités capables de mériter vos sympathies, et si votre cœur enfin était déjà préoccupé de quelque petit rêve, croyeannoi, la plus légère dissimulation de votre part exciterait en nous tous la plus profonde douleur.