‹ Les ComédiesChapitre 349 sur 405 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

DOMA IRÈNE.

Me permettez-vous de parler à présent , monsieur?

BON BIÈGUB.

C'est votre fille, madame, votre fille qui doit parler, et cela sans souffleur, sans interprète.

DONA IRÈNE

Oui , quand je lui en aurai donné Tordre.

DOJN BIÈGUE.

Vous ferez bien' alors de vous hâter, car c'est à elle seule qu'il appartient de répondre. Bref, madame, c'est avec elle que je dois me marier, et nullement avec vous.

BONA IRÈNE

Je crains fort, don Diègue, que ce ne soit pas plus avec L'une qu'avec l'autre. Quelle idée avez-vous donc de ma fille et de moi?... Ah! son parrain avait deviné trop juste , et il me l'a encore écrit en toutes lettres il n'y a que peu de jours , lorsque je lui fis part de cette union. Car, voyez-vous, quoiqu'il n'ait pas embrassé la chère enfant depuis qu'il la tint sur les fonts de baptême, il l'adore comme un père, et à tous ceux qui passent par le bourg d'Osma, il ne cesse de demander comment se porte la Paquita , et constamment il nous envoie des mots afTectueux par l'ordinaire.

BON BIÈGUE.

Enfin, madame, que vous a donc écrit ce fa-

^ meux parrain ? Ou bien plutôt qu'est-ce que ce brave

homme vient faire au milieu de notre conversation?

DONA IRÈNE

Ne VOUS y trompez {las , monsieur, ii a beaucoup à y faire. Et d'abord, quoique ce soit moi qui Taftirme , vous pouvez regarder comme certain que même un père d'Atocha n^aurait pas rédigé une lettre plus admirable que celle qu'il m'a adressée au sujet du mariage de ma tille. Et, avec cela, remarquez bien que ce n'est ni un professeur, ni un bachelier, ni mémo nn savant quelconque, mais tout uniment un quidam, ce qui s'appelle un homme de cape et d'épée, vivant d'un pauvre petit emploi exposé à tous les hasards, et qui lui fournil à peine de quoi vivre. Mais en revanche il est très-habile, il sait un peu de tout; il a un grand tajlent de parole, et il écrit comme un ange. Presque toute son épître était en latin. Oui, ne vous en déplaise , monsieui* ; et je vous prie de croire qu'elle renfermait d'excellents conseils. Ah ! il faut abso- . lument qu'il ait pressenti tout ce qui nous arrive en { ce jour.

i)ON niÈorK.

Mais, madame, que vous arrive-t-il donc? et quel stijet avez-vous de vous irriter ?

DON A IRÈNE

Comment voulez-vous, monsieur, que je ne m'irrite pas lorsque je vous entends vous exprimer sur ma fille dans des termes... Ma fille, d'autres rêves , d'autres amours ! Mais s'il v avait là fombre d'une vérité. Dieu me pardonne ! je la tuerais suri l'heure, sachez-le bien. Allons, petite, réponds-lui une

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