ACTE I, SCÈNE
de mes angoisses , l'être qui est cause que je ne sais plus à quel saint me vouer, c'est ce don Juan... Tu dis?
MUAOZ.
Est-ce que j'ai ouvert la bouche ?
DON RORUE.
J'aurais juré...
M G^OZ (à part}.
Quand les cloches ne sonnent pas , il les entend ; et quand elles carillonnent, jamais. (Haat.) Allons, monsieur, avançons !
DON ROQUE
Je le répète , oui , l'auteur de toutes mes misères , c'est ce don Juan. Débarqué à Cadix hier matin , il commence par accepter Toffre que je lui avais faite de rhéberger chez moi. . .
MUNOZ
C'est votre faute aussi. Qu'est-ce qui vous obligeait. . .
DON ROQUE
L'invitation n'a pas été sans motif, mon brave. En effet , don Juan vivait à Madrid auprès de don Alvare de Silva, son oncle, avec lequel j'étais en arrangement pour cette affaire de la douane , dont je désirais me charger... tu te souviens? L'oncle vint à mourir, et force me fut, puisqu'il l'avait institué son héritier, de traiter avec le neveu. Dans plusieurs lettres, destinées à établir quelques comptes restés sans apurement et relatifs à diverses sommes échiies , j'ai laissé entendre à ce jeune monsieur que mon
logis hospitalier serait à sa disposition, si, par hasard, il se décidait à revenir à Cadix... Mais qui diable aurait pu supposer qu'il donnerait la moindre suite à cette ouverture? Lui, un homme du monde , à qui la ville peut fournir cent connaissances de son âge et de son humeur ! Et à quel propos?... Mes instances, au surplus, n'étaient guère dictées par la tendresse ; car, de bonne foi, pouvais-je témoigner grand intérêt à une personne dont jamais, à ce que je crois du moins, je n'avais entrevu le visage ?
MllSOZ.
A présent vous savez à quoi vous en tenir.
DON ROQUE
Oui, je le sais. Mais ce que je ne m'explique pas encore , c'est qu'hier au soir, en passant par le salon, je me suis aperçu que, dans le boudoir, lui et ma femme se trouvaient ensemble.