ACTE III y SCÈNE XIII. 6i
vous, monsieur? De quel droit votre irruption et vos bravades? Quel est tout ce scandale?
DON DIÊGUE.
Du scandale! il n'y en a point. Monsieur est le bien-aimé de votre fille... les séparer, ce serait les tuer. Ainsi , Carlos. . . quoi qu'il en soit. . . va, et embrasse ta femme !
( Don Carlos 8*approche de dona Francisca , et ils s'embrassent.)
DONA IRÈNE
Comment ! c'étai t votre neveu ?
Oui, madame, c'est mon propre neveu, qui, grâce à ses trois coups, à sa guitare et à sa lettre, m'a procuré la plus terrible nuit qui ait marqué dans
mon existence. (Don Carlos et dona Francisca se jettent aux
genoux de don Diègue. ) Ah çà , mes enfants, que venezvous faire, que voulez-vous encore tous deux ?
DONA FBANGISCA.
Vous nous accordez votre pardon et notre bonheur?
DON DIÈGiE.
Oui , chers trésors de mon âme , j'accorde tout !
( Il les relève. ) DONA IRÈNE.
Est-il possible que vous vous déterminiez à un toi sacrifice?
J'aurais pu séparer ces pauvres enfants pour
toujours , j*aurais pu m*assurer sans peine la possession de cett» channante jeune fille; mais ma conscience né me Ta pas permis. Carlos ! Pa* quita! si vous saviez quelle douloureuse impression laisse dans mon âme ce cruel effort ! . . . N'oubliez point qu'après tout je suis homme, et que j'ai ma part de misères et de faiblesse !
DON CAftLOS, lui baisant la main.
Si notre affection la plus tendre, si notre reconnaissance sans bornes peuvent compenser tant de félicité perdue...
DONA IRÈNE
Voyez donc! Ce brave don Carlos! quel cœur d'or!...
Oui , mon neveu et votre fille raffolaient d'amour, pendant que vous , madame , vous et les nobles tantes, vous bâtissiez des châteaux en l'air, et me remplissiez la tête d'illusions qui maintenant se sont évanouies comme un songe ! Voilà le résultat de ces abus d'autorité , de cet esclavage | dans lequel on tient la jeunesse ; voilà les garanties p que vous offrent les parents et les tuteurs ; voilà enfin la foi qu'on doit ajouter au fameux ffui des ^ jeunes filles ! Grâce au hasard, j'ai reconnu à temps l'erreur où je me trouvais. Malheur à ceux qui la découvrent lorsqu'il n'est plus temps !
DONA IRÈNE
Enfin, que le ciel protège nos amoureux, et qu'il leur réserve longues années et lonp^ues joies ! (A don Car-