‹ Les ComédiesChapitre 6 sur 405 · ACTE I, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. i

DON ROQUE

Je sais qu'elle était au pouvoir de son tuteur, don Pedro Antonio de Lara , qui Ta élevée.

Fort bien. Mais vous saurez aussi que très-souvent la demoiselle s'acheminait, en qualité de proche voisine, vers la maison de votre ami don Alvare. Là , elle se rencontrait avec le fortuné neveu , qui , de son côté , tout naturellement , lui rendait ses visites. Cela allait de ^i-même : c'est un garçon si attentif! . . . Quand le cercle était formé chez don Alvare, et que les vieux faisaient leur partie, les jeunes poursuivaient également la leur : un concert d'éclats de rire et de folle gaieté! Bref, leur amitié naquit dans la tendre saison. Si c'est un mal, si l'on doit redouter que, des jeux innocents , ils ne passent à des choses plus sérieuses (et à leur âge où serait le miracle?), approfondissez cela vous-même, monsieur; car, pour ma part, je n'y entends rien.

DOM ROQUE

Hélas ! Munoz , que me racontes-tu là ? Au fait , mes visites dans cette maison furent si rares , que mon ignorance ne doit point surprendre. J'étais tout occupé avec l'oncle de mes plans commerciaux. . . Et se flatter encore que leur inclination date d'hier ! Bagatelle, sans doute. Voilà dix années pour le moins qu'ils brûlent l'un pour l'autre !

MUfïOZ.

La chose me paraît claire.

(Pausiie sortie.)

DON ROQUE

Tu t'en vas ?

mu5joz.

Oui, monsieur.

Non , reste , Mujioz ; indique-moi ta manière d'envisager la situation, et les moyens d'y porter remède.

MU^OZ

Franchement, monsieur, je commence à me lasser de vos demandes de conseils. Pouvez -vous balancer encore? Que sans retard l'hôte et son val^t sortent d'ici , et que votre sœur, qui vit chez vous en vrai parasite, s'en retourne à son ménage. Puis, croyez-moi , seigneur don Roque , gardez bien votre femme, gardez -la bien! Songez que la galanterie n'est pas votre fort, et que chez elle les grâces et la jeunesse abondent! Vous ne lui accorderez donc jamais ni festins, ni sérénades, ni petites amies, ni promenades, ni d'autres amusements qui puissent la distraire des travaux de l'aiguille ou du potau-feu. Et ne vous imaginez point que par là vous la tiendrez. Les premiers jours , dame!... mais, à la longue, il est sûr que... Enfiii, je ne dis rien. Cela vous regarde. Faites ce que bon vous semblera, et assez de consultation !

( n veut sortir, don Roque le retient.)

DON ROQUE

Écoute, Munoz : faudra-t-il donc tant de peine, tant de vigilance pour conserver mon honneur ?

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