‹ Les ComédiesChapitre 85 sur 405 · ACTE m, SCÈNK XïH · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNK XïH

UD^OX. (à part).

Va, va, tu te mordras la langue avant peu.

MNA'ISABBLLE.

Apprenez donc que le malheur, Toppression et la violence ont pn seuls m'enchatner à vous comme votre femme. Oh! c'esMa dure vérité; je vous appartiens. Msàs don Juan , don Juan , monsieur, je l'aimais, et notre passion était un véritable amour.

DONA BÉATRICE

Isabelle, qu'oses-to faire ?. . ^

BOKA ISABELLE.

Oui, il serait injuste de vous tromper, je Taimais ! Ainsi Tavait voulu ma destinée. Lui m'aimait également... Ah! souffrez plutôt, souffrez qtie je Verse ces larmes ; car tout ce que je vous tais, elles sauront vous le dire. Enfin, monsieur, vous avez été indignement abusé; et moi, pauvre orpheline, sans soutien, sans défense, j'ai été la victime deTinfàme avarice de mon tuteur.

DON ROQUE

Mais pourquoi, au moment où il (allait vous expliquer en toute franchise, êtes-vous restée muette comme la tombe?

DOIfA ISABELLE.

Hélas! monsieur, à votre âge connaissez-vous donc si peu l'histoire des jeunes filles ? Ne savezvous point qu'on nous façonne à une obéissance aveugle, et qoe notre visage doit masquer à tous les yeux les souffrances de notre cœur? D'un regard inquiet, on surveille chacun de nos pas ; notre dis-

116 LE VmiLLARU ET lA JEUNE PILLE

simulation est décorée du nom de modestie, notre fime ypiiée à un çontionei supplice... Qu'importe ? souffrez, mais taisez-vous ! Ajoutez a cela la force du respect , les menaces , la jeunesse innocente , la timidité n^tur^e, l|ds idées souvent fausses et toujours incertaines des choses du monde. Ah ! pour notre Ynalheur, je ne suis pas la seule^ je ne suis pas la première enfant dont une autorité despotique a su (étouffer la volonté !

Don ROQUP.

Fort bien ; mais que prasvetont ce beau discours?

nOSA BÉATRICB.

Ab tfi« mou frère, es-tu donc tellement dépourvu àe jugement «pie tu ne te ow^rennes pas ? Ce discours pnove que si tu as sujet, peut-être, de te sentir irrité de Taventure, nos deux coupables t'ont donné pleine satisfaction en se séparant Tun de l'autre. Quel mea culpa veux-tu qu'Isabelle te fasse encore? Ta colère n'a déjà plus de raisons.

DON ROQUB.

J'en étais persuadé! Toute cette conspiration, li*estf«ce pas ? n'a été qu'une bagatelle, une chose «ans importance, et qui ne vaut pas la peine qu'on en parle! Pour qui me prends^tu donc, Béatrice? Ce que j'ai vu, de mes propres yeux vu, tu appelles cela rien ? Langue de Satan !

O0«À ISABELLE

Je vous ai dit que j'aimais ce jeune tK)mme, et que le nier serait mentir. Mais ce qui est certain aussi, c'est que le ciel voit mon innocence. Il sait qu'au mi-

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