ACTE I, SCÈNE ï
PÉPÉ
Faites excuse , monsieur ; à vous parler franchement, je ne serais pas fâché du tout de savoir tourner quelque bagatelle, comme qui dirait...
DON ANTONIO
Quoi donc?
PÉPÉ
Comme qui dirait... des vers! Ils.me plaisent tant, les vers !
Oh! les bons vers sont chose très-estimable. Seulement, au temps où nous vivons, le nombre de ceux qui savent les faire est si mince , si minime , si imperceptible...
PÉPÉ
Soit! Mais quant à nos personnages de là-haut, on n'a pas de peine à reconnaître que ce sont des gens du métier. Bonté du ciel ! En est-il tombé un torrent de leurs lèvres! 11 n'y a pas jusqu'aux femmes...
DON ANTONIO
Oui-da ! I^s senoras ont donné aussi dans les petits couplets?
PÉPÉ
Je crois bien ! Nous avons une dona Agustina qui est la femme de l'auteur de la comédie... et quelle femme ! Si monsieur la voyait. . . Elle a improvisé au vol plusieurs dizains. Par exemple, je ne pourrais vous en dire autant de l'autre dame qui , pendant
tout le régal , n*a été occupée qu*à folichonner avec ce don Hermogène , et à lui envoyer des boulettes de pain sur sa perruque.
DON ANTONIO
Don Hermogène se trouve aussi là-haut? C'est un franc pédant.
PÉPÉ
"Ëh bien, elle ^tait sans cesse à badiner avec ce cher homme; et quand on lui criait : « Mariquita, un couplet ; allons, un couplet ! » elle vous prenait une mine toute boiteuse. On avait beau s'efforcer de l'asticoter pour lui délier la langue. . . travail perdu ! Finalement, elle commença un dizain, et ne put même le conduire jusqu'au bout , parce que , disaitelle, la rime lui faisait défaut. Mais en revanche dona Agu^tina, sa belle-sœur... oh! celle4à s'y connaît. Dame! monsieur, tout le secret, voyez-vous... il ne s'agit que d'avoir de la verve.
DON ANTONIO
Assurément. Mais le nom du convive qui chantait tout à l'heure, et qui poussait des cris si désordonnés ?
PÉPÉ
Oh! le chanteur, c'est don Sérapio.
DON ANTONIO
Enfin, quel homme estrce? quelle profession a-t-il?
PÉPÉ
Ce qu'il est? Faites excuse, monsieur; on le nomme don Sérapio.