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LA COMÈTE DE HAÎXEY

déposent. Ceux qui se plaisent au contraire à voir les philosophes plongés dans l'incertitude et le trouble, espèrent qu'elle ne reviendra point, et que les découvertes, tant de Newton que de ses partisans, se trouveront de niveau avec les hypothèses que la seule imagination a enfantées. Plusieurs personnes de cette dernière classe triomphent déjà et regardent une année de retardement, qui n'est due qu'à des annonces destituées de tout fondement, comme suffisante pour condiimner les newtoniens.

» J'entreprends ici de faire voir que ce retardement, loin de nuire au système de la gravitation universelle, en est une suite nécessaire, qu'il doit aller encore plus loin, et je tente d'en assigner les limites. »

Disons tout de suite que Claîraut avait trouvé 61 8 jours de retard pour le passage de la comète à son périhélie en 1 759 : 1 00 jours étaient dus à l'action de Saturne, 518 jours à celle de Jupiter, ce qui fixait le passage au milieu du mois d'avril. Toutefois, il faisait des réserves, avec une modestie qui l'honore autant que son immense travail, réserves que nécessitaient les termes négligés dans le calcul, les causes de perturbation inconnues et enfin la crainte d'avoir pu commettre quelques erreurs dans les nombreuses et délicates opérations effectuées. Toutes ces incertitudes accumulées pouvaient, selon Clairaut, altéret» le terme d'un mois. La comète fut vue, en effet, dès le 25 décembre 1758, par im paysan saxon des environs de Dresde, du nom de Palitsh. Les astronomes avertis observèrent Tastre et bientôt purent prouver que le passage au périhélie devait se faire le 13 mars 1759, trente-deux jours avant l'époque calculée par Clairaut. Un tel triomphe de la théorie produisit dans le monde de la science ime impression profonde, et Lalande dit avec un enthousiasme bien légitime :

« L'univers voit cette année le phénomène le plus satis-

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faisant que l'astronomie nous ait jamais offert; événement unique jusqu'à ce jour, il change nos doutes en certitude, et nos hypothèses en des démonstrations... M. Clairaut, dit*il plus loin, demandait un mois de grâce en faveur de la théorie ; le mois s'y est trouvé exactement et la comète est descendue, après une période de cinq cent quatre-vingtsix jours plus longue que la dernière fois, trente-deux jours avant le terme qui lui était fixé ; mais qu'est-ce que trentedeux jours sur un intervalle de plus de cent cinquante ans, dont on avait à peine observé grossièrement la deux-centième partie, et dont tout le reste s'étend hors de la portée de notre vue ? O^i'esfr-ce que trente-deux jours pour toutes les autres attractions du système solaire, dont on n'a pas tenu compte, pour toutes les comètes dont nous ignorons la situation et les forces, pour la résistance de la matière éthérée qu'on ne peut apprécier, et pour toutes les quan— tités qu'on est forcé de négliger dans l'approximation du calcul?... une différence de cinq cent quatre-vingt-six jours entre les révolutions de cette même comète, différence produite par les forces perturbatrices de Jupiter et de Saturne, devient une démonstration plus frappante qu'on n'eût jamais osé l'espérer du grand principe de l'attraction et met cette loi au nombre des vérités fondamentales de la physique, dont il n'est pas plus possible de douter actuellement que de l'existence même des corps qui la produisent. »

Un autre retour de la comète de Halley a eu lieu en 1 835. 11 a fourni l'occasion de constater les progrès faits par l'astronomie théorique pendant la période de soixante-seize ans que la comète avait mis à parcourir encore une fois son orbite. En effet, prenant pourpoint de départ le passage au périhélie de 1 759 et marchant sur les traces de Clairaut, deux astronomes français, Damoiseau et de Pontécoulant, abordèrent séparément la tâche laborieuse de déterminer l'épo-

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