LA COMÈTE DE HALLEY
Soleil. Or, quoique nous n'en ayons pas, cette fois-là, d'observations bien exactes, cependant je crois ne devoir point douter, en comparant sa route et le temps de sa révolution, que ce n'ait été la même que celle des années 1531, 1607 et 1 682 ; de sorte que je puis avec assez de certitude annoncer son retour pour Tan 1758, et si cette espèce de prédiction a lieu et qu elle reparaisse en effet, il ne doit plus rester, ce me semble, aucun lieu de douter que les autres comètes ne reparaissent enfin de la même manière. »
Plus tard, en 1749, en publiant dix ans avant le retour prédit par lui et trois ans seulement avant sa mort, ses Tables astronomiques , Halley revient en termes plus décidés sur sa prédiction : c< Tel est, dit-il, l'accord des éléments de ces trois comètes, accord qui serait bien étonnant, si c'étaient trois comètes différentes, ou que ce ne fût pas le retour d'une même' comète dans une orbite elliptique qui passe assez près de la Terre et du Soleil ; si donc elle revient encore, suivant notre prédiction, vers l'an 1758, la posté-rite se souviendra que c'est à un Anglais que Von en doit la découverte. »
La postérité s'est souvenue, et la science a hautement consacré la revendication de l'astronome anglais, eu donnant son nom à la première comète dont le retour périodique, annoncé à l'avance, a été confirmé par l'événement. Mais la même postérité ne sera point injuste ; elle donnera une part légitime de gloire aux astronomes français Clairaut et De Lalande qui ont achevé l'œuvre de Halley en calculant le retard que la comète de 1682 devait éprouver dans sou voyage de 76 années. Cette seconde partie de l'histoire d'une grande découverte est peut-être plus étonnante encore et plus instructive que la première.
A mesure en effet que l'époque du retour prédit par Halley s'approchait, tous les astronomes de France et
d'Europe, préoccupés de ce grand événement scientifique, s'apprêtaient à suivre Tobservation. L'époque de la réapparition était indécise. Les périodes connues, comme Halley l'avait en effet remarqué, étaient inégales : de 1331 à 1607, il s'était écoulé 27 81 1 jours ; de 1607 à 1682, 27 332 jours, avec une différence de 439 jours entre les passages au périhélie. La nouvelle période serait-elle plus courte encore, ou au contraire, après une diminution de quinze mois et demi, reviendrait-elle à sa première longueur ou la surpasseraitelle? Plusieurs savants firent divers calculs et diverses hypothèses sur la route de la comète à son retour et sur le moment de son apparition, que l'on attendait dès 1757.
C'est alors qu'un géomètre d'une haute valeur, Glairaut, entreprit de résoudre rigoureusement le problème qu'Halley avait su indiquer, celui de calculer les perturbations que la comète de 1682 avait dû éprouver en passant dans le voisinage des planètes, et surtout de Jupiter et de Saturne. C'était une entreprise d'une difficulté immense. Aussi Glairaut, pressé parle temps, réclama-t-îl le secours de Lalande, un des astronomes que la France met aux rang de ses plus illustres savants. Une femme, M"' Hortense Lepaute — c'est elle qui a donné son nom à F Hortensia — se chargea d'une partie de cette pénible besogne. Grâce au dévouement à la science de ces trois dignes collaborateurs, dès novembre 1738 le travail était meiié à terme, et Glairaut présentait à l'Académie des sciences im mémoire dont voici un court extrait :
ft La comète que Ton attend depuis plus d'un an, dit-il, est devenue l'objet d'un intérêt beaucoup plus vif que le public n'en met ordinairement aux questions astronomiques. Les vrais amateurs des sciences désirent son retour, parce qu'il en doit résulter une très-belle confirmation d'un système en faveur duquel presque tous les phénomènes