‹ Les comètesChapitre 40 sur 122 · CHEVELURES, NOYAUX ET QUEUES COMÉTAIKES · texte numérisé non relu

CHEVELURES, NOYAUX ET QUEUES COMÉTAIKES

Pline n'en distinguait pas moins de douze espèces, dont voici la description, qui n'est pas toujours claire :

«On voit, dit-il, des comètes proprement dites; elles effrayent par leur crinière de couleur de sang : leur chevelure hérissée se porte vers le haut du ciel. Les Barbues [Pogoniœ) laissent descendre en bas leur chevelure, en forme d'une barbe majestueuse. » (Ces deux premières espèces peuvent être rangées dans la même classe, puisqu'elles ne diffèrent que par la direction de leur queue.) « Le Javelot (Acontias) semble se lancer comme un trait; aussi l'effet le plus prompt suit de près son apparition : si la queue est plus courte et se termine en pointe, on l'appelle Epée [Xiphias) ; c'est la plus pâle de toutes les comètes ; elle a comme l'éclat d'une épée sans aucun rayon. Le Plat ou le Disque {Disceus) porte un nom conforme à sa figure ; sa couleur est celle de l'ambre : il naît quelques rayons de ses bords, mais en petite quantité. Le Tonneau {Pitheus) a réellement la figure d'un tonneau, que Ton concevrait enfoncé dans une fumée pénétrée de lumière. La Cornue [Ceratias) imite la figure d'une corne, et la Lampe (Lampadias) celle d'un flambeau ardent. La Chevaline [Hippeus) représente une crinière de cheval qu'on agiterait violemment par un mouvement circulaire, ou plutôt cylindrique. Telle comète paraît aussi d'une singulière blancheur, avec une chevelure de couleur argentine ; elle est tellement éclatante, qu'on peut à peine la regarder : on y voit l'image d'un Dieu sous une forme humaine. Il y a descomètes hérissées [hirtij et non pas hirci comme plusieurs ont lu) ; elles ressemblent à des peaux de bêtes, garnies de leurs poils, et sont entourées d'une nébulosité. Enfin, on a vu la chevelure d'une comète prendre la forme d'une lance.»

Toutes ces dénominations sont plus ou moins justifiées par la variété d'aspect que présentent les comètes, leurs nébulosités et leurs queues ; mais elles n'apprennent rien

absolument sur leur nature physique. L'énumération d'ailleurs ne semble pas complète, si Ton doit encore regarder comme étant des comètes les flambeaux et les poutres [faces et trab€s)j dont Pline donne la description à part.

Les Chinois, qui ont, heureusement pour la science, noté soigneusement toutes les apparitions de comètes, donnaient à leurs queues le nom peu poétique de balais (sui on souiy . Pour eux aussi, il n'y avait pas de comète sans queue : « Lorsqu'elles n'en avaient pas, dit Pingre, quel que fut leur mouvement, on ne leur donnoit que le nom d'Etoile, ou d'Etoile nouvelle, ou même d'Etoile hdte ou hôtesse, visitant les provinces et logeant en divers lieux, comme en autant d'hôtelleries. Elles se tenoient dans les vestibules des palais célestes : là, sous une forme invisible, elles attendoient Tordre de partir; l'ordre expédié, elles devenoient visibles et se mettoient en route. Si dans leur course elles acquéroient une queue, on disoit que l'étoile étoit devenue Coiiiète *. )^

Mais revenons aux définitions acceptées par les astronomes modernes.

Dans une comète, ils distinguent toujours la tête et la queue.

La tête se compose de l'étoile, c'est-à-dire du noyau ou point lumineux où se trouve condensée la plus forte lumière

i. fl Les comètes sont appelées en chinois étoiles-balais, nom dérivé de la forme de leur queue, et les textes ne distinguent pas ordinairement le noyau. Les constellations qu'ils indiquent sont généralement celles sur lesquelles la queue s'est étendue. C'est ainsi que le texte décrivant la marche de la comète de 1301 dit : Elle balaya l'étoile Thien-ki, les Sankoung, etc. » (Éd. Riot et Stanislas Julien, Comptes rendus de V Académie des sciences, 18/i2, t. II, p. 953.)

2. On comprendra mieux ce passage, si nous rapportons ici d'après le môme auteur l'endroit où il explique « l'idée folle et singulière que les Chinois s'étoient formée du ciel. Le ciel étoit suivant eux, une vaste république, un grand empire, composé de royaumes et de provinces; ces provinces étoient les constellations : là étoit souverainement décidé tout ce qui devoit arriver de favorable ou de défavorable au grand empire terrestre, à celui de la Chine. Les planètes étoient les administratrices ou les surinten-

COMÈTES DE I&77, DE 1680 ET DE 1769. 1. GomiK de 1577, d'iprii Coméliua Gemma. — !. Grande comète de 1S80, d'aprè* i.-C. Slunn. — 3. Comité de 1769, d'après Meitier. ,

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de Tastre, puis de la nébulosité environnante, qui en est la chevelure ou V atmosphère . Toutes les comètes n'ont pas de noyau; mais alors celles qui n'ont qu'une nébulosité d'apparence vaporeuse sont généralement des comètes télescopiques ; la tête des comètes visibles à l'œil nu brille toujours comme une étoile.

Quand la nébulosité, est à peu près de forme circulaire, ovale ou irrégulière parfois, ce qui peut tenir soit à la forme réelle, soit a un effet de perspective, sans aucun prolongement ou traînée, on dit que la comète n'a pas de queue ^ parce qu'on réserve cette dénomination à la traînée lumineuse, tantôt assez courte, tantôt extraordînairement longue qui s'échappe de la tête dans une direction presque toujours opposée à celle qu'occupe le Soleil au moment de l'observation. Il arrive quelquefois que la direction de cette traînée est tournée vers le Soleil, ou fait un certain angle avec la ligne joignant la tête au Soleil : c'est ce que les anciens astronomes appelaient la barbe de la comète , expression aujourd'hui inusitée. Pour les modernes, tout appendice lumineux, toute traînée d'apparence vaporeuse est toujours une queue.

dantes de la république céleste, les étoiles étoîent leurs ministres, les comètes leurs courriëres ou messagères ; les planètes envoyoient celles-ci de temps à autre pour visiter les provinces et pour y remettre ou entretenir Tordre : mais tout ce qui se faisoit là-haut étoit ou la cause ou Tavant-coureur de ce qui devoit arriver ici-bas ».

Avouons que les idées des Chinois n'étaient ni plus folles ni plus singulières que les imaginations extravagantes des Européens pendant l'antiquité et le moyen âge ; elles témoignaient en tout cas d'une idée beaucoup plus élevée de l'ordre général. Avouons aussi qu'il ne faudrait pas chercher bien loin pour trouver, même parmi nos contemporains, des gens possédant sur le gouvernement de l'univers des façons de voir qui diffèrent de celle des Chinois beaucoup plus par la forme que par le fond. Que de gens seraient Chinois en ce point I

LES COMETKS

Comètes uépourvues de novaux et de ycEUEs

CondenMlioD graduelle de la matière oébuleiue au centre. — Traotilioni iuseDiiblci dea comète* uni queuea apiiarenlea nui queues iiuiiieniei des gmadei eomètet historiquei.

Eutrons d'abord dans quelques généralités sur les têtes et les queues des comètes : nous consacrerons les paragraphes suivants à uue élude plus détaillée, plus approfondie de leur structure.

Fie. 21. — Nébulosités comélaircs; condensation cenlralc; absence de queue et de Dojau.

Depuis que la recherche des comètes se fait d'une façon régulière, et qu'on y emploie des instruments puissants, le nombre de celles qu'on découvre a naturellement beaucoup augmenté ; mais la plupart sont des comètes télescopiques, parmi lesquelles on trouve beaucoup de nébulosités dépourvues de noyau. Déjà W. Hcrschel constatait le fait eu 1807 : « Sur les 16 comètes télescopiques que j'ai examinées, dit-il, 14 n'offraient rien de remarquable à leur centre. »

Voici quelques exemples de comètes réduites à de simples nébulosités, smn» appai'euce de queues ni de noyaux. C'est

COMÈTES SANS NOYAU N! QUELE i77

d'abord la comète d'Encke, telle que l'a observée M. J. ïebbutt le 24 jnin \ 865 : « Elle avait, dit-il, environ 2' de diamètre, était faible et sans la plus légère condensation de lumière au centre. » En octobre 1871 , la même comète présentait, selon M. Hind, au début des observations, l'aspect d'une faible nébulosité , presque ronde , sans condensation apparente en aucune de ses parties. Le 9 novembre, la même

KiG. 22. — ComèU d'Encke, le 9 novembre 1871, d'après un deuin de U. Carpenler.

comète avait une apparence tout autre que la forme globulaire. D'après M. Carpenler, la nébulosité s'ouvrait comme un éventail (fig. 22) dont le sommet était le point le plus brillant j mais on ne voyait toujours aucun noyau défini. La comète découverte le 12 juillet 1870 par M. Wïnnecke avait un aspect analogue : c'était une nébulosité ronde assez brillante, de 2' 1/2 en diamètre.

En voici une autre, où déjà apparat la trace d'un noyau brillant. C'est la comète de Bi-orsen, observée à Marseille le i" septembre 1873 par M. Stephan, qui la décrit ainsi :

, « Nébulosité ovoïde, diffuse, d'uue excessive faiblesse, avec une trace de condensation vers la partie centrale. » Même cbose de la comète de Winnecke, vue en avril et mai i869 : «C'est une faible tache nébuleuse, dit M. Hall Wortham, paraissant parfois briller un peu au centre.» Selon M. Perry, « il semble exister une légère condensation vers le centre, mais sans noyau décidé. » Du reste, n'oublions pas que l'absence de noyau peut être due, soit à la distance de la comète qui rend une très-faible condensation invisible, soit

Fiu. 23. — Comète d'Encke, le 3 décembre 1S71, d'après M. II. Cooper Keir.

à la position de la comète par rapport au Soleil ; si le noyau ne brille pas d'uue lumière qui lui soit propre, son éclat doit être d'autant plus vif que la comète est phis voisine de son périhélie. Nous voyons en effet, dans la flgure 17, la comète d'Encke avec une condensation visible, et dans la figure 23 la même avec un noyau brillant défini. Pareillement, la comète de Brorsen , observée en octobre 1 87 3 , présentait une condensation considérable vers le centre. Dans son apparition de 1868, la partie la plus brillante était très-excentrique; on

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