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Les exemples que nous venons de donner ne suffisent pas sans doute pour considérer le développement des queues cométaires comme soumis aux seules variations des dis- . tances d'une comète au Soleil. En tout cas, on voit que d'une comète à l'autre il peut y avoir de remarquables diflFérences : la queue de la comète de Halley avait, à son apparition de 1835, atteint son maximum avant le passage de l'astre au périhélie, et, à l'époque de ce passage, avait entièrement disparu; celle de la comète de Donati, au contraire, n'a atteint son maximum qu'après le périhélie, et
deux mois entiers s'écoulèrent ensuite avant que cette queue disparût tout à fait et que Tastre eût repris sa forme de nébulosité globulaire.
Pour terminer ce que nous avons à dire sur ce sujet d'un grand intérêt, mais insuffisamment étudié encore, comparons les comètes dont nous avons donné les queues évaluées en millions de kilomètres, au point de vue de leurs distances périhélies. Le tableau de la page 1 96 va nous rendre cette comparaison facile. En effet, il est aisé de voir que cinq comètes seulement, celles de 1847 I, 1860 III, 1769, 1680 et 1843 I, satisfont à cette condition, que les longueurs de leurs queues sont d'autant plus grandes que leurs distances périhélies sont plus petites ; la comète de 1744 pourrait être substituée d'ailleurs à la comète de 1860 III sans changer ce rapport. Mais les cinq comètes restantes forment un second groupe égal au premier, et où Tinverse se produit, la longueur des queues s'y trouvant croître avec la plus courte distance des comètes au Soleil. Ainsi, rien n'autorise encore' à étendre aux comètes comparées entre elles la loi de variation selon la distance, que nous avons reconnue plus haut -régir le développement d'une même queue.
§ IX — Eclat des comètes
Évaluatiou des dimensions apparentes ou de l'éclat des comètes, de leurs tètes ou noyaux. — Anciennes comètes soi* disant plus éclatantes que le Soleil. — Comètes visibles à Tœil nu et comètes vues en plein jour : grandes comètes de ilàH et de 1843.
Entrons maintenant dans quelques détails sur les dimensions des comètes, de leurs atmosphères, de leurs noyaux et de leurs queues. Pour arriver à des notions précises sur cette partie de leur histoire, il faut commencer par distinguer
iOG LES COMÈTES
entre les dimcusioiis apparentes et les dimensious réelles. Cela est élémentaire; mais ici c'est plus nécessaire que partout ailleurs, attendu que par la nature même des orbites des comètes, soit périodiques, soit non périodiques, ces astres peuvent se trouver, au moment de leurs apparitions, ou très-rapprochés ou très-éloignés de la Terre ; et qu'ainsi la même comète, vue à deux de ses apparitions successives, pourra se montrer, dans l'une, sous dos dimensions considérables, être visible à Tœil nu, tandis que, danslautre, ce ne sera qu'un astre a peine visible, ou même invisible sans le secours des lunettes. Nous avons déjà insisté sur ce point, quand il s'est agi de reconnaître, dans une comète nouvelle, une comète déjà observée ; nous devions insister encore au moment de comparer des comètes différentes sous le rapport de leurs dimensions apparentes ou réelles.
Toutes les comètes dont l'apparition est antérieure au xv!*" siècle étaient visibles à Fœil nu; leurs têtes, noyaux ou chevelures, étaient donc assez considérables; les plus faibles avaient au moins Téclat des étoiles de o™*" à 6™*" grandeur, ou si la lumière du noyau était moindre que celle des étoiles de cet ordre, c'est que l'étendue de la nébulosité environnante faisait compensation au point de vue de la visibilité. Ceci s'applique à toutes les comètes qu'on a pu observer à l'œil nu depuis l'invention des télescopes. Mais on sait déjà qu'à l'aide des instruments on distingue des comètes si faibles qu'à peine apparaissent-elles comme des nébulosités diffuses sans condensation et sans noyau. Or plusieurs de ces dernières sont périodiques; elles s'approchent notablement de la Terre, et dès lors ce n'est point la grandeur de leur distance qui les rend si difficiles à voir. Ainsi, il y a, parmi les comètes, la même variété, au point de vue des dimensions et de l'éclat, que parmi les étoiles.
Certaines comètes ont présenté des dimensions énormes, et
une lumière d'une vivacité extrême. Les anciennes traditions témoignent de cette intensité ; mais il est vrai qu'il ne faut pas toujours prendre à la leltre les récits tirés de cette source, parce qu'ils renferment des exagérations évidentes. Telle est la comète de Tan 1 83 avant notre ère, qui, c< plus éclatante que le Soleil y fut vue de Jour dans les Poissons.^ » Telle est aussi celle dont parle Sénèque et qui parut en Tan 1 46 : cr Après la mort de Démétrius, roi de Syrie, père de Démétrius et d'Antiochus, peu avant la guerre d'Achaïe, brilla une comète aussi grande que le Soleil. C'était d'abord un disque d'un ronge enflammé, nne lumière assez éclatante pour triompher de la nuit. Insensiblement elle diminua de grandeur ; son éclat s'affaiblit ; elle disparut, totalement. » N'est-ce point encore une comète un peu agrandie par l'imagination des observateurs et des historiens, que celle qui parut en Tan 136, à la naissance de Mithridate , et resta visible pendant soixante-dix jours. « Le ciel paraissait tout en feu ; la comète en occupait la quatrième partie , et son éclat était supérieur à celui du Soleil. »
On lit dans la Cométographie de Pingre les descriptions suivantes de quelques comètes, qui furent remarquables par leurs dimensions ou l'éclat de leur lumière :
(c 1006. Ilaly ben Kodoan étant jeune, on vit une comète dans le 15'* degré du Scorpion : la tête était trois fois plus grosse que Vénus : elle rendait autant de lumière que le quart de la lune pourrait en donner. »
c< 1106. Grande et belle comète. On vit d'abord le 4, ou selon d'autres le o février, une étoile qui n'était distante du Soleil que d'un pied et demi : elle fut vue ainsi depuis la troisième jusqu'à la neuvième heure du jour. Q^i^lq^i^^s auteurs ont donné à cette étoile le nom de comète. »
« 1208. En cette année, il parut une comète. Durant deux semaines, on vit après le coucher du Soleil une étoile si
brillante que, semblable à un feu, elle produisait une grande lumière. Les Juifs la regardaient comme un signe de Tavénement du Messie. »
« 1402. Comète fort grande et très-éclatante : personne ne se souvenoit d'avoir vu un tel prodige. (C'est, croit-on, une apparition antérieure des comètes de 1532 et de 1661.) . . .Elle croissoit de jour en jour en grandeur et en éclat, eu s'approchant du Soleil. Le dimanche des Rameaux, 1 9 mars, et les deux jours suivants, son accroissement fut prodigieux : le dimanche, sa queue fut longue de vingt-cinq brasses* ; le lundi, de cinquante et même de cent;.de plus de deux cents
1. Dans les anciennes chroniques on trouve fréquemment, pour l'appréciation des dimensions apparentes des astres et notamment des queaes des comètes^ des expressions pareilles à celles que nous relatdns ici, c*est-è-dire des nombres exprimant des longueurs usuelles : deuXy trois pieds, vingt, cent brasseSy etc. On comprend qu*il est impossible de les traduire en mesures rationnelles. Du reste, aujourd'hui même, et jusque dans les ouvrages ou recueils scientifiques, on voit se glisser des expressions semblables pour le même genre d'évaluations. Tel observateur d'un bolide dit que sa grosseur était celle d'une orange, et sa traînée longue de deux mètres. Il ne comprend pas que cette manière de mesurer les dimensions apparentes d'objets, dont la distance réelle est d'ailleurs inconnue, est tout à fait indéterminée, qu'elle peut avoir un sens précis pour l'observateur au moment où il voit l'objet, mais qu'il n'est môme pas sûr qu'à un autre moment son appréciation personnelle n'eût été tout à fait différente. En tout cas, elle aurait le défaut de n'être pas comparable à la manière de mesurer d'un autre observateur quelconque.
La seule manière rationnelle de faire de telles évaluations, c'est d'exprimer la longueur de l'objet, son diamètre, etc., en degrés ou minutes de grand cercle ; et comme, en général, ce genre de mesure est difficile, si l'on n'a pas d'instrument, il est bon d'avoir recours à un procédé qui soit à la portée de tout le monde, c'est-à-dire de prendre pour unité une dimension céleste apparente que chacun connaît bien : le diamètre de la Lune ou celui du Soleil, par exemple. L'un ou l'autre peut être pris pour un demi-degré. On peut aussi, et cela est très-bon si le phénomène qu'on observe se montre par une nuit éloilée, comparer ses dimensions à la distance de deux étoiles bien connues, et dans des constellations en vue, comme la Grande Ourse, la Petite Ourse, Orion, Pégase, Cassiopée, etc. Nous insistons sur cette recommandation, parce que plus d'une fois nous nous sommes laissé aller à maugréer contre cette mauvaise coutumede mesurer des dimensions célestes apparentes en pieds, en mètres, en décimètres, ce qui n'a pas de sens, et ce qui a un grave inconvénient, puisqu'une observation qui pourrait être précieuse se trouve, de la sorte, perdre toute sa valeur.
ÉCLAT LUMIiNEUX DES COMÈTES 209
le mardi. On cessa alors de la voir de nuil; mais durant les huit jours suivants on la voyoit de jour près du Soleil, qu'elle précédoit : sa queue n'étoit plus que d'une ou deux brasses; son éclat étoit tel que la lumière du Soleil n'cmpêchoit pas de la voir en 'plein midi. » En 1 532, si l'identité supposée est vraie, la même comète fut aperçue avec un éclat qui égalait trois fois celui de Jupiter.
Ainsi, voilà plusieurs comètes assez brillantes pour que leur éclat ait pu être comparé à celui de la lumière solaire ; trois d'entre elles ont été visibles pendant le jour. La grande comète de 1500, connue sous les noms de Asta^ de il signw Astonej a été vue également en présence du Soleil : « Des voyageurs, qui faisoient voile du Brésil au cap de Bonne-Espérance, la virent le 12 mai : elle paroissoit du côté de l'Arabie ; ses rayons étoient très-longs : elle fut ainsi continuellement observée, /owr et niiit^ durant huit ou dix jours. »
Que des comètes aient été assez brillantes pour que leur lumière perce au travers du ciel éclairé par le Soleil, cela ne peut plus fedre de doute , depuis qu'on a les observations d'un 6istronome comme Tycho sur la comète de 1 577 et celles des astronomes contemporains sur la grande comète de 1843. « Le 13 novembre 1577, le Soleil n'avait pas encore disparu de dessus Thorizon, lorsque ce nouvel astre (la comète) frappa les yeux du grand Tycho. Il jugea que le diamètre de sa tête était de 7 minutes. »
Quant à la comète de 1 843 , voici des détails qui ne laissent aucun doute sur sa visibilité en plein soleil; nous les empruntons à Arago : « La comète, aperçue d'abord par des curieux en plein soleil, et considérée comme un météore, était à l'heure de midi, d'après une observation de M. Amici fils, de 1^ 23' à l'est du centre du Soleil. M. Amici dit seulement que l'astre était fumeux vers l'est.
Les observateurs de Parme assurent qu'en se plaçant derrière un pan de mur cachant le Soleil, on voyait une queue de 4 à 5 degrés de long. » A Mexico, le même jour (28 février), à onze heures du matin, suivant le Diavio del GobiernOy «la comète se voyait à l'œil nu, près du Soleil, comme une étoile de première grandeur, ayant un commencement de queue dirigé vers le sud. M. Bowring, aux mines de Guadelupe y Cal vo (Mexique), vit la comète, le 28 février, depuis neuf heures du matin jusqu'au coucher du Soleil. A Portland (Amérique du Nord), la comète a été vue à l'œil nu et en plein jour , à l'orient du Soleil , par M. Clarke^ John Herschel cite une observation faite par les passagers à bord du Owen GlendoweVj navire partant alors du Cap : « La comète a été vue comme un court poignard près du Soleil, un peu avant son coucher. «D'après M. Clarke, « le noyau et aussi certaines parties de la queue étaient aussi nettement limités que la Lune par un jour serein. »
Un siècle auparavant, en 1743, on avait observé en Europe une comète, celle de Chéseaux, que nous avons plusieurs fois mentionnée, et dont l'éclat surpassa celui des étoiles de première grandeur. Le 9 janvier 1744, la tête de la comète égalait les étoiles de deuxième grandeur, et, quinze jours après, son diamètre était de 10 secondes. Le 26 janvier, elle atteignait presque la première grandeur ; le 1 ""' février, elle surpassait Sirius; et enfin, vers les derniers jours de ce mois et au conunencement de mars , elle était devenue si éclatante qu'on la voyait de jour en présence du Soleil. Mais une circonstance remarquable, rapportée par Chéseaux, est celle-ci : a Du 13 décembre au 29 février (le lendemain, 1*^' mars, la comète passait à son périhélie), l'atmosphère est toujours allée en diminuant de grandeur, » comme si Taugmentation d'éclat de la tête était produite par la disparition