LA LUMIÈUE DES COMÈTES
§ I — Intérêt que présente i/étude physique de la
J\ous avons étudié, le télescope en main, la slructui^e des
comètes, structure si complexe et si étounammeut mobile, si différente sous ce rapport de celle des planètes et même de celle des soleils. D'une part, eu effet, nous voyons des corps solides, ou tout au moins liquides, ayant avec le globe terrestre les plus frappantes analogies, entourés comme lui d'une légère enveloppe relativement peu étendue, stables d'ailleurs dans toutes leurs parties : ce sont les planètes, la Lune et les autres satellites des planètes. Quant au Soleil, quant aux étoiles qui brillent, comme le Soleil, d'une lumière propre et sont, comme lui — tout le fait supposer — des foyers de lumière et de chaleur pour autant de groupes planétaires, si ces corps sont des masses gazeuses incandescentes, du moins leur condensation est si énorme et l'état physique de leur substance est relativement si stable, que les changements dont ces globes radieux sont le théâtre continuel affectent d'une manière presque insensible
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leur équilibre géuéral. Comparés aux comètes, ce sont encore des astres permanents ; celles-ci ne semblent être, en dernière aualyse, que des nuages célestes , des nébuleuses errantes, selon l'expression de Laplace, (jpii n'a fait que reproduire et commenter rheureuse appellation de Xénophane et de Théon d'Alexandrie.
Mais ce n'est pas seulement en se concentrant au foyer d'une lunette, pour donner une image amplifiée de l'astre, que la lumière d'une comète peut servir à l'étude de sa constitution physique : les ondulations dont elle se compose conservent, après avoir traversé tout l'espace, après avoir, en dernier lieu, franchi l'atmosphère et les lentilles de cristal de l'instrument, des caractères physiques permettant, au savant qui l'analyse, de reconnaître si cette limiièi-e émane directement de l'astre; si, au contraire, elle a subi une réflexion au sein de la matière cométaire, et si aloi*s elle n'est que la lumière réfléchie du Soleil. D'autres procédés d'analyse permettront de pénétrer plus avant dans l'intime constitution de la comète et de ses diverses parties, et c'est encore la lumière dont elle brille qui nous dira la nature chimique de celte matière. De sorte qu'il ne restera plus, pour ainsi dire, qu'un degré à franchir pour dévoiler complètement la composition de ces corps jadis si mystérieux : c'est de pénétrer effectivement, matériellement dmis Thitérieur d'une masse cométaire. Or on verra bientôt qu'il y a de grandes probabilités pour qu'un tel événemcut se réalise un jour, si déjà il ne s'est réalisé, tout au moius en partie.
En tout cas, ce que nous venons de dire montre assez, je pense, l'intérêt que présente l'étude des lumières coukVtaires dont il va être question dans les divers paragraphes de ce chapitre.
DIAPllANÉITÉ DE LA LUMIÈRE DES COMÈTES -255
§11 DlAPHANÉlTÉ DES NOYAUX, DES ATMOSPHÈRES ET DES QUEUES
Visibilité des étoiles au travers des atmosphères et des queues des comètes : observations anciennes et modernes sur ce point. — Les noyaux sont-ils opaques ou diaphanes comme les atmofphères et les queues ? difllcultés à ce sujet. — Éclipses de Soleil ou de Lune occasionnées, dit-on, par des comètes.
La visibilité des étoiles, mèine très-pelites, au travers des chevelures et des queues cométaires, est un fait qu'avaient parfaitement observé les anciens. Aristote, dans sa Météorologie , cite les étoiles vues par Démocrite malgré Tinterposition d'une comète. Sénèque dit aussi, dans ses Questions naturelles , qu' « on découvre les étoiles à travers les comètes comme à travers un nuage » ; et, plus loin : ce Les étoiles ne sont pas transparentes et la vue perce à travers les comètes. Si cela est, cela n'est point à travers le corps de la comète, dont la flamme est dense et substantielle : c'est à travers la traînée de lumière rare et éparse en forme de chevelure; c'est dans les intervalles du feu, non à travers le feu même, que vous voyez. » Humboldt, en citant ce dernier passage «joer intervalla igniuîn, non per ipsos vides j » ajoute : « Cette dernière restriction était superflue; car on peut voir à travers une flamme dont l'épaisseur n'est pas trop forte. » Il est vrai ; mais Sénèque ne faisait que constater un fait, à savoir : que, de son temps, les étoiles visibles au travers de la lumière cométaire parais saient au delà de la queue ou de la chevelure, non derrière le noyau même : l'absence de lunette ne permettait pas, en effet , aux anciens, de distinguer le corps même ou le noyau de la comète, quand toutefois il s'agit d'une comète pourvue de noyau.
Du reste, les astronomes modernes ne sont pas plus avancés, en ce sens que toutes les observations constatées d'occultations d'étoiles par des comètes, une seule exceptée, se rapportent à l'interposition de la queue ou de la nébulosité formant la chevelure , jamais à celle du noyau proprement dit. Rapportons les principales de ces observations, celles qu'on cite surtout pour prouver la diaphanéité de la lumière cométaire, et commençons par l'exception unique que nous venons de signaler. La voici d'après Arago : « Le 27 octobre 1774, Montaigne vit à Limoges une étoile de sixième grandeur, du Verseau, au travers du noyau d'une petite comète. » Voyons maintenant les autres.
Le 9 novembre 1795, W. Herschel aperçut distinctement une étoile double, de onzième à douzième grandeur, à travers la partie centrale de la nébulosité de la comète ; chaque
composante, et Tune était beaucoup plus faible que l'autre, se voyait nettement. Faisons observer qu'il s'agit de la comète d'Encke, qui généralement est dépourvue de noyau, ne laissant voir qu'une condensation de lumière k son centre. Struve vit, le 7 novembre 1828, au centre de la même comète, une étoile de onzième grandeur, qu'il prit un instant pour un noyau cométaire, et dont l'éclat ne parut point affaibli. Or, l'épaisseur de la nébulosité interposée n'était pas moindre alors de 500 000 kilomètres ; c'est sur cette observation que M. Babinet s'appuyait, comme on l'a vu plus haut, pour calculer la masse et la densité de la nébulosité. D'après ime observation faîte à Genève vingt et un jours plus tard par M. Wartmann, une étoile de huitième grandeur aurait été, au contraire, complètement éclipsée par la comète. 11 est intéressant de rapprocher ces deux observations du fait de la condensation de la comète entre les dates citées : dans cet intervalle, le volume de la nébulosité s'est trouvé réduit au huitième, et l'on comprend qu'à celte réduc-