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LA TERRE SATELLITE D'UNE COMÈTE

bles à l'existence, si la Terre se trouvait subitement assujettie à suivre dans son mouvement une comète telle que la comète de 1680! A coup sûr, une seule des révolutions de Fastre ne serait point accomplie sans voir s'anéantir, avec l'espèce humaine, la plupart des êtres qui composent la faune et la flore terrestre. Les naturalistes ont aujourd'hui toutes raisons de croire que les transformations révélées par les études paléontologiques ont été produites, aux divers âges de la Terre, par des modifications correspondantes, lentes ou brusques peu importe, dans l'état physique de l'atmosphère et du sol. Cependant, pour expliquer ces changements, ils n'ont pas besoin de supposer aux modifications dont il s'agit, une étendue à beaucoup près comparable à celle que. donnerait à la Terre sa transformation en satellite de comète, accompagnée d'un écart de température ou de chaleur reçue, passant de 28 000 fois la chaleur actuelle à une quantité 19000 fois moindre.

Heureusement pour notre globe, ainsi que le reconnaissait lui-même Arago, la probabilité d'un événement de ce genre est si petite, qu'il n'y a pas lieu de s'en préoccuper. C'est un de ces problèmes de pure curiosité dont l'examen a l'avantage de fournir à l'esprit des termes de comparaison entre ce qui est et ce qui pourrait être , entre ce qui est autour de nous dans le monde que nous habitons, et ce qui peut être dans des mondes différents du nôtre.

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§ III — La Lune est-elle ltîe anoenne œMÈTE?

Hypothèse de Maupertuit : origine des satellites des planètes, considérés comme des comètes retenues par la force de l'attraction planétaire. — Les Arcadiens et la Lune. — Réfutation de cette hjpothèse par Dionys du Séjour.

C'est en se plaçant dans un même ordre d'idées, dans le domaine des romans scientifiques, qu'on s'est aussi demandé si la iMne ri est pas une aticienne comète que la Terre a détournée de son orbite autour du Soleil, et forcée de graviter autour d'elle-même. « Si une comète, a dit Maupertuis, peut nous ravir notre Lune, elle pourroit aussi nous en servir, se trouver condamnée à faire autour de nous ses révolutions et à éclairer nos nuits. Notre Lune pourroit bien avoir été, au commencement, une petite comète qui, pour s'être trop approchée de la Terre, s'y est trouvée prise. Jupiter et Saturne, dont les corps sont beaucoup plus gros que celui de la Terre, et dont la puissance s'étend plus loin et sur de plus grosses comètes, doivent être plus sujets que la Terre à de telles acquisitions ; aussi Jupiter a-t-il quatre lunes autour de lui et Saturne cinq. »

Sur quel fondement, sur quel argument sérieux l'ingénieux auteur de la Lettre sur la comète a-t-il brodé cette fantaisie ? Il ne le dit point. Pingre, qui la rapporte, dit que les partisans de cette opinion l'appuient sur une tradition ancienne qu'on trouve dans Ovide et dans Lucien. Les Arcadiens étaient persuadés que leurs ancêtres avaient habité TArcadie avant que la Lune existât. Mais une telle croyance est un argument bien faible. Les raisonnements, ou mieux les calculs par lesquels Dionys du Séjour a réduit au néant la supposition de Maupertuis, sont plus difficiles à réfuter. J'en

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vais donner le résumé d'après Pingre. D'un trait d'analyse, dit-il, Dionys du Séjour a fait évanouir toutes ces brillantes imaginations. « Il a prouvé : l*" qu'il étoit absolument impossible qu'une comète, mue dans une trajectoire parabolique ou hyperbolique , devînt satellite de la Terre ; 2* pour qu'une comète, dont l'orbite seroit elliptique, devînt satellite de la Terre, il faudroit, lorsqu'elle entre dans là sphère d'attraction de la Terre, que son mouvement relatif, c'està-dire la diflFérence entre son mouvement et celui de la Terre, ne fut que de 2176,1 pieds de plus par seconde de temps. Mais est-il possible qu'une comète, dont l'orbite quoique elliptique approche cependant fort d'être parabolique, n'ait que 2176 pieds de mouvement relatif à celui de la Terre, tandis qu'il est démontré que le mouvement relatif d'une comète parabolique placée à cette même distance, c'est-à-dire à la distance de la Terre au Soleil, doit être dans le cas le plus défavorable de 39025 pieds?» Mais quand cela serait, ajoute Pingre, la comète (devenue notre Lune) passerait, à chacune de ses révolutions, à l'extrémité de la sphère d'attraction de la Terre, et la moindre force finie

suffirait pour l'en détacher Elle recommenceroit alors

à circuler autour du Soleil. »

Ce sont là des raisons tirées des lois du mouvement des planètes et des comètes, du principe de la gravitation dont ces lois sont des conséquences ; mais il est trop évident qu'à un autre point de vue, celui de la constitution physique, rien ne ressemble moins à une comète que la Lune. Tout fait croire que notre satellite est entièrement, à la surface du moins, réduit à l'état solide. S'il a une atmosphère, elle est la moins vaporeuse possible, d'une densité extrêmement faible. Or, toutes les comètes connues, du moins étudiées jusqu'ici au télescope, nous ont paru caractérisées par ce fait : la prédominance de volume de l'atmosphère nébuleuse qui enve-

loppe leur noyau. Les savants du xviif siècle qui regardaient les comètes comme des globes planétaires étaient à même néanmoins de reconnaître toute.absence d'analogie entre la constitution physique de la Lune et celle d'une comète. Maupertuis, pour expliquer que notre satellite, ancienne comète travestie, ait pu perdre sa chevelure et sa queue, n'avait qu'une hypothèse nouvelle à faire, pendant que son imagination était en train, celle d'imaginer le passage d'une autre comète venant enlever à la Lune son atmosphère. Si j'ai bonne mémoire, ce n'est pas Maupertuis qui a fait cette supposition nouvelle, mais elle a trouvé un auteur, je ne sais lequel .

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