BLASPHÈME
Le blasphème est la seconde manière de profaner le Nom de Dieu.
(i) Blasphémer, veut dire parler de Dieu d'une manière injurieuse ou avec mépris. Dans le sens technique du langage anglais, c'est parler mal de Dieu ; et tel est aussi le sens que donne à ce mot la sainte Ecriture, comme nous le voyons dans le Psaume lxxiii. v. 18 : « Souvenez-vous de ceci : l'ennemi a outragé le Seigneur par ses reproches injurieux; et un peuple extravagant a irrité votre nom.» Dans le prophète Isaïe nous lisons également: « Qu'ai-je donc à faire maintenant^ dit le Seigneur, voyant mon peuple enlevé sans aucune raison ? Ceux qui le dominent le traitent injustement ; et mon nom est blasphémé sans cesse pendant tout le jour. » ^ C'est aussi dans ce même sens que parle Saint Paul : «Car vous êtes cause, comme dit l'Ecriture, que le nom de Dieu est blasphémé parmi les Gentils. » =
(2) On peut se rendre coupable de blasphème : (i) En niant l'une des perfections de Dieu, telles que sa justice, sa miséricorde ou sa providence. (2) En attribuant à Dieu un défaut ou une imperfection comme le manque de compassion, la cause du péché, la cruauté. (3) En parlant avec mépris de Dieu ou de notre Sauveur. Nous en avons un exemple dans ceux qui étaient autour de la colline du Calvaire, qui se moquaient de notre Sauveur en disant : «Toi qui détruis et rebâtis le temple de Dieu en trois jours, sauve-toi donc toi-même. » 3 (4) En maudissant Dieu en lui souhaitant du
I Is. LU. 5.
•2 Rom. II. 24.
3 S. Mat. xxvii. 40.
mal, — désirant, par exemple qu'il n'existe pas ou ne connaisse pas nos péchés. (5) En tenant des propos impis à l'égard de la Très-Sainte Vierge ou de quelque saint ; et aussi en parlant des sacrements d'une manière injurieuse, comme dire qu'ils ne sont d'aucune utilité; de la Sainte- Ecriture, si on disait, par exemple, qu'elle contient des mensonges ; de la sainte Eglise de Dieu, comme dire qu'elle est l'ennemie du progrès et de la civilisation, qu'elle enseigne l'erreur ; ou en niant ses prérogatives. Ce sera le crime de l'Antéchrist, suivant les paroles de l'Apocalypse : « Elle ouvrit donc la bouche pour blasphémer contre Dieu, pour blasphémer son nom et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel. » ^ (6) En attribuant aux créatures ce qui appartient à Dieu, comme firent les Juifs, lorsqu'ils attribuaient à Satan les miracles du Christ.
(3) Tout blasphème formel et délibéré, qu'il soit direct ou indirect, immédiat ou médiat^ est de sa nature un péché mortel. La raison en est qu'un péché de ce genre est toujours une injure grave faite à Dieu. Si le blasphème est hérétique^ il est une double faute : il y a péché contre la religion et péché d'infidélité, — c'est-à-dire un péché contre la foi.
J'ai dit formel et délibéré, parce que le péché pourrait n'être que véniel par manque de réflexion ou d'attention suffisante. Les paroles doivent être considérées comme blasphématoires d'après le sens qu'elles ont parmi les gens d'un pays, et selon l'usage commun. C'est-à-dire que les expressions sont blasphématoires, lorsque le peuple les juge telles en général et que l'interprétation ordinaire v attache
I Apoc. XIII. 6.
ce sens ; — bien que ce ne soit pas leur signification réelle. D'autre part, certaines expressions blasphématoires perdent leur signification, ou l'usage commun n'y attache aucun sens dans certains pays et parmi certaines ^ens ; exemple : l'anglais God damn ! le français Nom de Dieu t et le hollandais Sakker domme ! ne sont pas regardés comme des blasphèmes. On doit néanmoins en défendre l'emploi, surtout parce qu'un mauvais esprit pourrait y mettre leur sens réel qui est blasphématoire, et les prononcer avec impiété et irrévérence.
(4) Il n'est probablement pas nécessaire d'expliquer en confession si le blasphème a été direct ou indirect, immédiat ou médiat^ parce qu'il y a dans tout blasphème une malice spécifique qui est la même. Cependant, si le blasphème était hérétique, cette circonstance devrait être spécifiée, parce qu'elle constituerait un péché contre la foi, distinct du péché contre la religion.
(5) A ce sujet, se rattache la question de savoir si c'est un blasphème de maudire les créatures. Nous répondons affirmativement si la malédiction vise les créatures par rapport à leurs relations avec Dieu ; comme, par exemple, maudire les vents et les tempêtes, en tant qu'ils sont ordonnés par Dieu ; ou maudire les créatures qui, d'elles-mêmes, ont un rapport direct avec Dieu, tels que notre âme, la foi catholique, le ciel et choses semblables. Il n'y aurait pas blasphème, si l'indignation ne portait que sur les créatures en elles-mêmes, abstraction faite de toute relation avec Dieu, comme maudire les choses inanimées. Toutefois il y aurait blasphème à maudire le monde entier, parce que, comme l'enseigne saint Alphonse, jurer par les créatures dans lesquelles éclatent les attributs divins, est un véritable serment; et de même aussi,
les maudire serait un blasphème, parce que ce serait mépriser en elles Dieu lui-même.
Maudire les morts n'est pas un blasphème, à moins qu'on ait en vue les âmes du Purgatoire ou ks saints, parce que, en général, les morts n'ont aucun rapport spécial avec Dieu.
(6) Bien que le blasphème soit un crime énorme, il n'est pas toujours une faute également grave. Pour en bien saisir la malice dans les différents cas, il est nécessaire de le diviser en cinq espèces diverses.
I. Il y a d'abord le blasphème cVerj-eiir ou d' ignorance : il a lieu lorsqu'une personne se sert de paroles injurieuses envers Dieu, sans en connaître pleinement la portée, ou sans aucune intention de manquer de respect à Dieu. Sur ce point, il faut cependant remarquer qu'il n'est pas nécessaire, pour qu'il y ait blasphème, d'avoir l'intention formelle d'outrager Dieu ou de porter atteinte à l'honneur qui lui est dû, il suffit de savoir que les paroles dont on fait usage lui sont injurieuses.
II. Le second est celui que saint Augustin appelle le blasphème de conduite. C'est le cas des pécheurs endurcis dont la vie perverse et désordonnée est un continuel outrage à Dieu. Les blasphémateurs par paroles sont peu fréquents, dit saint Augustin; mais combien nombreux sont ceux qui blasphèment par leurs actions.
III. En troisième lieu le blasphème de complicité: c'est le crime de ceux qui encouragent les blasphémateurs par leurs applaudissements ou par leur satisfaction apparente, et qui, ayant autorité sur les autres, gardent le silence, quand leur devoir serait de réprimer leurs mauvais propos.
IV. Le quatrième est le blasphème de colère ou d'impatience^ lorsqu'une personne, dans un mouvement soudain de colère, profère des paroles blasphématoires sans réfléchir à leur
sens. Il peut y avoir dans ce cas péché véniel, mais un tel acte ne contient pas la malice du blasphème.
V. Le cinquième genre esile blasphème d'impictc^ qui a son origine dans la haine positive de la volonté contre Dieu : c'est certainement un crime énorme et un péché vraiment satanique.
(7) L'énormité du péché de blasphème se prouve par les peines dont le frappait l'Ancienne Loi et par les châtiments infligés aux blasphémateurs: « Que celui qui aura blasphémé le nom du Seigneur soit puni de mort! Tout le peuple le lapidera, qu'il soit citoyen ou étranger, » ^ Core, Dathan et Abiron furent précipités vivants dans les enfers. ^ Le fils de Salumith est lapidé hors du camp. 3 Sennacherib, roi des Assyriens, est tué par ses fils dans le temple. 4 L'un des larrons sur la croix, et ceux qui passaient, blasphémèrent notre Sauveur, en secouant la tête; 5 mais l'Ecriture ne nous dit pas quel fut leur châtiment.
C'est sur l'accusation de blasphème que les Juifs condamnèrent Notre-Seigneur et saint Etienne à mort. Pour expier ce crime odieux notre Sauveur voulut subir la honte d'être trois fois traité de blasphémateur, selon le récit évangélique: (i) Q.uand il dit au paralytique : « Vos péchés vous sont pardonnés. » ^ (2) Lorsqu'il dit aux Pharisiens: « Le Père et Moi nous ne sommes qu'un. » 7 (^) Enfin, lorsqu'il répondit au