DIFFÉRENCES ENTRE LE DIMANCHE CHRÉTIEN ET LE SABBAT JUIF
Nous avons maintenant à marquer les différences entre le dimanche chrétien et le sabbat juif. Le sabbat juif diffère du dimanche chrétien dans les points suivants:
(i) Le jour est changé du septième au premier de la semaine, et nous n'observons plus le sabbat d'un coucher à l'autre du soleil.
(2) Certaines restrictions juives sont annulées, comme de ne faire aucune sorte d'ouvrage, — ne pas cuire des aliments, ne pas allumer du feu, ne porter aucun fardeau.
(3) Le châtiment n'existe plus. Ce châtiment était la mort, et aucun juge ou magistrat chrétien n'eut jamais le pouvoir de prononcer une sentence de lapidation contre un violateur du troisième commandement.
(^) Le dessein et le but de Tinstitution ne sont pas les mêmes. Le but du sabbat était de rappeler le repos de Dieu après la création, et la délivrance des Juifs de l'esclavage de l'Egypte. Le dimanche chrétien rappelle la résurrection du Christ, et la rédemption du genre humain de l'esclavage du péché et de Satan.
(5) L'obéissance à la loi du sabbat exigeait le repos physique, et rien de plus ; ni culte public, ni culte privé ne constituait une partie quelconque de l'obligation imposée aux Juifs par le troisième commandement. Le grand et premier objet pour lequel le dimanche chrétien est un jour à part, c'est pour nous donner le temps et l'occasion de prier, de servir Dieu, de recevoir les sacrements, d'entendre les instructions et de faire de bonnes lectures.
La comparaison du sabbat juif et du dimanche chrétien montre que le sabbat était regardé à l'origine uniquement comme un jour de repos. Après la captivité, les juifs prirent l'habitude de se réunir ce jour dans leurs synagogues pour le culte, parce que, semble-t-il, ils étaient délivrés de toute affaire séculière. Dès le commencement du Christianisme, le dimanche est institué comme un jour de culte; le repos n'est prescrit que pour rendre le culte possible. On peut dire que, dans le sabbat juif, le repos est venu le premier et le culte ensuite ; dans le dimanche chrétien, le culte est venu le premier et le repos ensuite. Dans l'idée du sabbat juif, le repos était essentiel, le culte n'était qu'accidentel ; dans l'idée du dimanche, le culte est essentiel ; le repos, accidentel.
10. COMBIEN LA SANCTIFICATION D'UN JOUR SUR SEPT FAIT PARTIE DE LA LOI MORALE DE DIEU
Une question controversée parmi les moralistes, est de savoir jusqu'à quel point la sanctification d'un jour sur sept
fait partie de la loi morale de Dieu. Quelques-uns prétendent qu'elle est entièrement cérémoniale, et, comme telle, qu'elle fut absolument abolie par le Christ. Les autres y voient une loi toute morale, et affirment que l'observation de ce septième jour, à partir de la création, est une loi de la nature et une obligation perpétuelle.
Par la loi morale, ou loi de nature, nous devons entendre ce qu'il est raisonnable et convenable de faire, lors même qu'aucun précepte formel ne le prescrirait. Nous sommes tenus à tout ce qui appartient à la loi morale, par les lumières mêmes de la raison et les principes de la nature, en dehors de tout commandement positif. Dieu a prescrit aux hommes des choses qui ne s'imposaient à eux par aucun motif que celui de son autorité. Telles étaient sous la loi les différentes cérémonies^ et telle fut la défense faite à Adam, dans l'état d'innocence, de ne point toucher à l'arbre de la science du bien et du mal. Les choses de la loi morale sont prescrites, parce qu'elles sont bonnes, les choses qui tombent sous la loi positive seule, sont bonnes parce qu'elles sont commandées.
Nous pouvons donc dire qu'une partie convenable de notre temps est, par droit naturel et moral, due au culte et au service de Dieu. Il n'est que juste et légitime que celui qui nous a donné la vie et le temps, en ait une large part ; surtout, puisqu'il nous les a donnés pour le servir et le glorifier même sur la terre. Et même s'il était laissé à la raison humaine de préciser et de fixer cette partie du temps, nous aurions de la peine à réserver au service de Dieu moins d'un jour par semaine. Dans l'Ancienne Loi Dieu détermina par un précepte positif le jour précis et la manière dont on devait l'observer. La loi de la nature ne fixe aucun jour en
particulier qui doive être réservé au service de Dieu. Car, réellement, la raison naturelle ne peut expliquer ce choix de tel jour plutôt que d'un autre; pourquoi nous devrions sanctifier chaque septième jour^ plutôt que chaque sixième, cinquième ou quatrième jour. Si nous faisons abstraction du précepte positif de Dieu, aucun jour n'est donc en lui-même meilleur qu'un autre.
Le sabbat juif était fondé sur un commandement divin et clairemement défini ; le jour particulier qui devait être sanctifié comme sabbat était déterminé par l'autorité divine, et le but du jour était expressément indiqué. La tnanière dont le sabbat devait être gardé, était aussi distinctement formulée.
II. QUAND LA PARTIE CÉRÉMONIELLE DU SABBAT A CESSÉ d'obliger ET QUAND ELLE EST DEVENUE ILLICITE
Tout cela formait la partie cérémoniale de la loi sabbatique et fut abrogé par l'introduction du Christianisme. Comme tous les autres préceptes de la loi cérémoniale, cette partie commença à déchoir pendant la vie du Christ, bien qu'elle restât obligatoire alors pour les Juifs. Son obligation cessa à la mort du Christ, et elle devint illicite pour les Chrétiens vers l'époque de la destruction de Jérusalem, lorsque la loi chrétienne eut été suffisamment promulguée. Dès lors, la synagogue était pour ainsi dire ensevelie, et observer encore les legalia ou la loi cérémoniale des Juifs, c'était se rendre coupable.