I. OBÉISSANCE AUX PARENTS
L'obéissance aux parents est le devoir que nous avons maintenant à étudier. Nous pouvons établir la doctrine chrétienne sur ce point dans une proposition générale: Les enfants sont tenus d'obéir à leurs ' parents en tout ce qu'ils leur commandent d'honnête et de légitime, qui est de leur devoir et intéresse leur éducation, tant qu'ils restent sous l'autorité et sous la puissance de leurs parents. C'est là une obligation imposée par la loi naturelle ; et Saint Paul l'énonce en ces termes : « Enfants, obéissez à vos pères et mères en ce qui est selon le Seigneur; car cela est juste.» ^ Dans un autre passage, il répète le même ordre: « Enfants, obéissez en tout à vos pères et à vos mères ; car cela est agréable au Seigneur. » 2 — J'ai dit (i) en toutes les choses légitimes et honnêtes, parce qu'il est évident que, dans des choses défendues et coupables, les enfants ne devraient pas, et, en conscience, ne pourraient pas obéir. Q.uand il y a opposition entre la volonté de Dieu et la volonté des parents, nul doute qu'il ne faille obéir à Dieu plutôt qu'à l'homme ; car le Christ a dit: « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. » 3 Mais on doit d'abord mettre tous ses soins à bien discerner quelle est la volonté de Dieu dans un cas grave ; et alors, si on est appelé à choisir en faveur du Christ contre son père ou sa mère, ou contre tous les deux, qu'il n'y ait dans cette détermination ni orgueil, ni aucune recherche de satisfaction personnelle, mais qu'elle
1 EpHES. VI. I.
2 Col. m. 20.
3 S. Mat. X. 37.
LE aUATRIÈME COMMANDEMENT 3 1 9
parte du cœur attristé d'un enfant bien aimant. — (2) En tout ce qui est du devoir et touche à V education. En ce qui concerne le choix d'un état de vie, les enfants sont indépendants de leurs parents ; et ceux-ci se rendraient coupables de péché, si^ directement ou indirectement, ils forçaient leurs enfants à embrasser la vie religieuse plutôt que l'état de mariage, ou vice-versa. — (3) Tant qu'ils restent sous Vautorité des parents et sous le toit domestique; car, lorsque les enfants sont mariés, qu"ils se sont établis et habitent une demeure à part ; et lorsqu'ils sont entrés dans la maison et la famille d'une communauté religieuse, l'obligation de l'obéissance aux parents cesse, bien que doivent toujours se perpétuer l'amour et le respect.
Deux ou trois points importants demandent de plus amples explications sur ce sujet de l'obéissance que les enfants doivent aux parents.
2. EXPLICATION DES ACTES DE DÉSOBÉISSANCE LÉGÈRE DANS LES PETITS DEVOIRS DE CHAQUE JOUR
D'abord, pour ce qui regarde les jeunes enfants qui demandent à être suivis du matin au soir par les parents ou autres personnes ayant autorité sur eux, nous devons dire qu'il ne serait pas rationnel de considérer comme coupables tous leurs actes de désobéissance. Il ne faut point se presser de les juger coupables de péché mortel dans les affaires ordinaires qui se produisent dans la vie de chaque jour. Leur désobéissance n'est pas autre chose que de la légèreté, de l'inadvertance, manque de réflexion, ou négligence humaine; et, généralement parlant, il n'y a pas matière grave. Très souvent, dans leur désobéissance, il n'y a même pas faute
du tout, parce que les parents, lorsqu'ils leur donnent desordres, n'ont pas Tintention d'obliger leurs enfants sous peine de péché. Pour qu'ils soient coupables d'un péché de désobéissance, surtout d'un péché grave, il est nécessaire que l'ordre donné par les parents et les supérieurs soit grave dansle sens rigoureux du mot, et qu'ils aient l'intention de les obliger sous peine de péché, et non pas simplement de les persuader, d'exprimer une demande ou un désir. On peut connaître leur intention au point de vue de la rigueur du commandement, au sérieux et à la sévérité avec lesquels l'ordre est donné, à la grandeur ou à l'importance de la chose commandée, ou encore à la peine infligée pour la désobéissance. L'enseignement que nous exposons ici est fondé sur la bonne intelligence des propositions suivantes :