‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 2 sur 409 · PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'AUTEUR

L n'est pas nécessaire d'expliquer la méthode suivie dans ce volume sur les Commandements : le plan en est très clair et très simple, comme le montre la table des matières. 11 est bon, cependant, que l'Auteur, dans quelques phrases d'introduction, indique ses vues personnelles, et le but qu'il se propose dans ce volume, afm que les lecteurs ne s'attendent pas à y trouver plus de choses qu'il n'a eu

rintention d'en écrire, et pour que, au premier coup d'œil, ils se rendent compte de l'étendue et des bornes données à ces instructions dans les différentes parties et les chapitres de ce travail. Un ouvrage qui traite des Commandements de Dieu, est forcément un ouvrage de théologie morale, et, en même temps, de philosophie morale. Comme ouvrage de théologie morale, il comprend dans son objet toutes les obligations, naturelles et surnaturelles, qui incombent aux Chrétiens. Pour cette double espèce de devoirs, il s'appuie sur l'Ecriture, sur la tradition et sur l'enseignement de l'Eglise. Il fait aussi appel, et dans une large mesure, à la raison, en ce qui concerne les devoirs naturels; et se sert de la raison, pour déduire et développer les devoirs surnaturels aussi bien que les devoirs naturels. Il emprunte son contenu à tous les domaines de la loi divine et delà loi humaine. Comme ouvrage de philosophie morale, il se borne simplement aux sources naturelles de la science et aux fondements naturels du raisonnement qui traite de la loi morale. Il ne saurait y avoir antagonisme entre la philosophie et la théologie: L\ philoso.^hic morale ne peut pas enseigner une doctrine qui soit en désaccord avec les principes chrétiens ; pas un seul point de doctrine ne saurait être vrai e.i philosophie et faux en théologie. Celle-ci, qui a recours

directement et expressément à la révélation et à l'autorité ecclésiastique, est la branche la plus élevée de la science sacrée. C'est une pensée qu'on ne devrait jamais perdre de vue, quand on lit et qu'on étudie les différents points qui se rapportent à nos obligations envers Dieu et envers- l'homme, telles qu'elles nous sont imposées parles Commandements.

En second lieuf un ouvrage de théologie morale n'est pas un volume de controverse ; il ne doit pas l'être, il ne s'occupe pas des disputes qui peuvent avoir lieu sur des points de morale entre Catholiques et non C^atholiques. La théologie morale, comme telle, se contente de la décision d'un Pape ou d'un concile général, et ne prend ni le souci, ni la peine de la justifier: « Bien plus, c'est la pensée du Révérend Père E. O'Reilly, s. j., même les réponses et les solutions les moins solennelles de Rome sont reçues pratiquement comme suffisantes pour trancher les questions morales. »

En troisième lieu, l'objet et le but d'un ouvrage de ce genre est de donner aux fidèles une règle de conduite. En conséquence, si les principes et les enseignements qu'il contient n'atteignent pas les détails des actions humaines, même des actions ordinaires de chaque jour, son but est manqué. Aucun homme, — son intelligence serait-elle des

plus rares, et quelque bien muni qu'on le suppose des principes et des données de cette science, — ne saurait être capable par lui-même de donner, ni pour soi ni pour les autres, une solution à toutes les questions qui demandent à être tranchées. II sera donc nécessaire d'étudier, non seulement les principes et les propositions générales, mais aussi leur application, non, en vérité, dans toutes les circonstances qui peuvent se présenter, — pratiquement, ce serait impossible, — mais dans la plus grande variété possible des circonstances, soit pour être prêt lorsque ces cas se rencontreront, soit pour se mettre à même d'en pénétrer les détails et y donner une décision. Je trouve ces pensées dans l'un des essais théologiques du Révérend PèreE. O'Reilly. Elles m'ont servi de règle dans l'étude de certains détails de morale et de quelques cas particuliers que l'on pourrait regarder comme inutiles et trop minutieux. C'est là cette partie de l'ouvrage qu'on désignerait par le terme de casuistique. Pour échapper au sens odieux qu'on a attaché à ce mot, je voudrais en donner ici la signification véritable d'après les expressions du savant théologien : « Le sens réel du mot casuistique est quelque chose d'assez innocent. Il désigne l'étude des cas, — étude évidemment utile et nécessaire. Mais on a attaché à ce terme un sens odieux, quelque

chose qui ressemblerait assez à ce qu'on appelle une plaidoirie singulière, expression qui dénote un incident des plus légitimes dans les procédures de la loi anglaise mais qui s'emploie aussi, à l'occasion, pour désigner une sorte de chicane. Casuistique se prend pour quelque chose de sembable. La notion qu'entraîne le mot, pris dans ce sens, c'est que toute investigation minutieuse de questions morales, portée sur le terrain de la pratique, est inutile et nuisible, ou que cette investigation, quoique peut-être utile en elle-même, est généralement poussée à l'excès et employée pour servir de mauvais desseins." Aucune de ces notions n'est exacte. D'abord, il est évident que les obligations morales des hommes regardent des circonstances particulières, qu'elles peuvent êti e affectées et changées par ces circonstances. C'est ce que nous montrent bien les cours de justice, où, indépendamment des simples expressions techniques, — qui cependant ne sont pas à dédaigner, — on fait usage de raisonnements les plus raffinés et les plus compliqués au sujet des droits et des torts. Nous le voyons également dans les appréciations que nous donnent des hommes expérimentés en affaires et les citoyens ordinaires sur le juste et l'injuste, sur les attributions et les responsabilités réciproques. Or, s'il existe des devoirs, il ne saurait être superflu de

chercher à les établir. Le tenter ne saurait être périlleux, si on le fait convenablement. Nul besoin sans doute, que tous les hommes soient des théologiens pas plus qu'il n'est besoin que tous soient avocats. Mais il est fort à désirer qu'il y en ait quelques-uns auxquels on puisse s'adresser dans les cas difficiles. Quant aux exagérations ou aux mauvais desseins qu'on prête à la casuistique, ils peuvent se rencontrer par hasard; mais ces défauts sont bien loin d'être communs, et presque jamais ils ne sont intentionnels. Il est facile de sourire de ce qu'on appelle des distinctions tirées par les cheveux. Mais il arrive d'ordinaire que ceux qui se livrent le plus facilement cà ce malin plaisir, sont fort peu au courant de la question, et se font rarement remarquer par l'exacte observation de leurs devoirs de morale les plus élémentaires. » ^ A propos de la méthode suivie dans ces explications, je me suis attaché à la forme de l'instruction familière. Je me suis efforcé de donner toute leur importance, comme doivent le faire des Catholiques, à de fréquentes répétitions des mêmes leçons de foi et de pratique. A cela, je le sais, on peut objecter que ce système expose à des redites, que nous avons besoin de quelque chose de brillant, de fleuri, même

I Essais théologiques, ch. IX.

de sensationnel dans nos écrits religieux, et que l'éducation, de nos jours, a modifié bien des choses. Qu'il me soit permis de répondre par les paroles de Dom Francis Aidan Gasquet, O. S. B:

« Il est de fait, toutefois, qu'aucune somme d'instruction ne modifie ces vérités, et encore moins ne. les fait avancer. L'unique question est de savoir quel est le meilleur moyen de graver profondément dans l'âme les vérités de la religion. » Le savant écrivain continue : «Je suis obligé de l'avouer: ma conviction est que, de nos jours, nos fidèles catholiques n'ont pas, des grandes et simples vérités de leur religion, cette claire intelligence et cette ferme possession qu'ils devraient en avoir. Il n'y a pas lieu de nous étonner qu'il en soit ainsi. Est-ce en effet, bien exagérer les choses que d'affirmer, qu'après leur sortie de l'école, la plupart des Catholiques reçoivent rarement, à notre éqoque, une instruction régulière et systématique sur les éléments de la foi, et sur ses pratiques, pendant tout le reste de leur vie ? Nous vivons ici au milieu des Protestants. Lorsque la nation entière était catholique et l'avait été pendant de nombreuses générations, quand l'atmosphère même que respiraient les Anglais était imprégnée de catholicisme, je le demande, a-t-on

jamais cru nécessaire de cesser la répétition des enseignements, de ce que, faute d'une meilleure expression, j'appellerai " Le Catéchisme de deux sous "? Croit-on que, en nos jours de vague inconstance et de laxisme, le moyen le plus sûr, pour instruire nos yeux, soit de s'en tenir — je pourrais dire exclusivement — à la forme du sermon proprement dit ? »

F. Gasquet dit qu'il ne veut pas insister mal à propos et d'une manière importune sur ces observations ; je ne le désire pas davantage. Mais, en ce qui concerne notre œuvre pastorale et ses succès, nous savons tous que, après l'administration des sacrements, notre premier et plus important devoir est d'instruire et de diriger les membres de l'Eglise dans toutes les matières qui sont du domaine de la foi et des pratiques religieuses. Impossible de trouver un meilleur moyen d'apprendre aux Catholiques à conserver leur foi, de les diriger dans la voie des Commandements de Dieu, ni de conquérir des âmes à l'Eglise du Christ, que l'instruction régulière et suivie sur les éléments et sur les pratiques de la foi chrétienne, tels qu'ils sont contenus dans le Credo et les dix Commandements.

Je sais que les livres ne feront jamais l'œuvre de l'enseignement oral et de l'instruction de vive voix ; mais

ils peuvent être d'un grand secours à cet enseignement, et dans certains cas, le remplacer. Nombreux sont ceux qui ne viendront point nous écouter, et qui peuvent être portés à lire; et ceux qui suivent les sermons et les instructions ordinairement lisent les bons livres. Comme mon enseignement oral ne peut pas atteindre un très grand nombre de personnes, mon plus ardent désir, en écrivant et en publiant ces instructions, a été de dire âmes lecteurs exactement les même choses, que j'aurais été heureux de leur enseigner de vive voix du haut de la chaire, si j'avais eu l'occasion de leur parler.

En traitant ces différents sujets, j'ai eu à faire allusion à des ouvrages ; je les ai cités autant que je l'ai cru nécessaire, et j'ai vérifié, autant qu'il a été possible, les extraits pris à divers endroits et pouvant appuyer mes raisonnements. Il était absolument inutile, dans la plupart des cas, d'indiquer les ouvrages classiques de théologie morale et les ouvrages anglais sur les mêmes questions. Ils ne sont que la répétition les uns des autres sous une forme différente, excepté quand il s'agit par hasard d'établir une divergence d'opinioa.

Nombreuses sont les allusions à des passages, et nombreuses les citations de la sainte Ecriture. J'ai l'espoir qu'on les trouvera exactes et choisies à

propos. J'ai mis tout le soin possible à les vérifier pendant que l'ouvrage était sous presse, afin d'épargner au lecteur les inconvénients et la perte de temps qu'entraîne toujours l'inexactitude dans ces citations.

St-Joseph's Retreat,

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