DROITS DES ENFANTS
Education corporelle ou nécessité de pourvoir au bien temporel des enfants. De ce chef, deux devoirs incombent aux parents, la protection et la prévoyance ; et la loi de la nature les leur impose. La nature confère aux enfants des droits dont les principaux sont : (i) le droit à la vie ; (2) le droit à la croissance ou au développement du corps et de l'âme. A ces droits correspondent des devoirs de la part des autres, et surtout de la part des parents, qui sont obligés de protéger ces droits naturels des enfants.
(i) Le droit à la vie, — En conséquence, les parents sont tenus de protéger la vie de leurs enfants ; et, dès le premier instant de leur conception, ils sont tenus de ne rien faire qui puisse porter atteinte à leur vie, à leur santé, et à la bonne complexion de leurs membres, soit avant, soit après leur naissance.
(2) Droit à r entretien. — Ils sont obligés de leur procurer la nourriture et le vêtement, tout ce qui est nécessaire à la conservation de leur vie et de leur santé. Et tout cela, ils le doivent tant que les enfants ne sont pas en âge de se suffire par eux-mêmes. Ils sont tenus de les élever conformément à leur état et à leur position, de les diriger dans un commerce ou une carrière, de façon à leur permettre de vivre plus tard selon leur position dans le monde.
Le dénùment et la faiblesse des enfants exigent une protection, surtout de la part des parents. Ils sont, dans leur
tendre jeunesse, exposés à tant de maladies et à tant de dangers ; et, à mesure qu'ils grandissent, tant d'autres dangers plus sérieux les menacent par suite de leur manque de précautions et d'expérience ! Ces raisons seules exigeraient les soins, l'habileté et la force des parents pour protéger ces jeunes créatures contre les maux nombreux, les difficultés et les périls qui se rencontrent sous chacun de leurs pas dans le chemin de la vie. En agissant ainsi, ils ne remplissent pas seulement une mission de père et de mère, mais une mission angélique : « Prenez bien garde de mépriser aucun de ces petits, car je vous déclare que dans le ciel leurs anges voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux. » ^
(3) Le devoir qui incombe aux parents de subvenir aux besoins de leurs enfants, est décrit en ces termes par un auteur du dix-septième siècle :
« De même que les parents doivent défendre leurs enfants contre les dangers, ainsi également ils doivent leur procurer les choses nécessaires et utiles, selon la position et le rang où les a placés la divine Providence. Tel est l'enseignement que répète souvent la sainte Ecriture :« En effet, qui est celui d'entre vous qui donne une pierre à son fils, lorsqu'il lui demande du pain ? Ou s'il demande un poisson, lui donnerat-il un serpent? » ^ Ces paroles indiquent clairement que nous sommes tenus de donner à nos enfants ce qui est convenable pour l'entretien de cette vie qu'ils ont reçue de nous. Et, en réalité, ils sont notre chair et nos os ; ils sont une reproduction de nous-mêmes. Or, la nature nous apprend à aimer et à nourrir notre propre chair, selon l'expression de
1 s. Mat. xviii. 10,
2 Ibid. vu. 9, 10.
l'Apôtre. ^' Bien plus, l'Apôtre a donné à ce devoir une trèshaute expression : « Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à la foi, et est pire qu'un infidèle. » ^
« Et cela, parce que les infidèles et les païens ont appris des lumières et de la loi de la nature à pourvoir aux besoins des leurs. Cette précaution ne doit pas seulement se borner au présent; mais notre sollicitude doit voir au-delà. Selon nos moyens, tenant compte des frais imposés par les convenances et la charité, nous somme^ tenus d'assurer leur subsistance future. Si nous ne pouvons pas leur laisser un patrimoine^ nous sommes obligés de leur léguer un art, une profession, qui, avec l'aide de Dieu, leur procurera de quoi vivre. Ainsi l'enseigne l'Apôtre : « Puisque ce n'est pas aux enfants à amasser des trésors pour leurs pères, mais aux pères, pour les enfants. » 3
(4) « Si nous avons en vue pour eux une vocation particulière, nous devons mettre nos soins, en toute prudence, à ce qu'elle soit conforme à leurs capacités et à leurs goûts. Autrement, la position deviendrait pour eux, non une vocation, mais un tourment de tous les jours ; nous rappelant que si, par piété, nous en désignons quelques-uns à l'œuvre du Seigneur, ce doit être les mieux partagés et ceux que Dieu a favorisés des dons les plus riches pour un ministère si sublime. Car c'est une faute presque semblable à celle de Jéroboam, qui excita Israël à pécher, que de consacrer comme prêtres du Seigneur les plus impropres et les plus
1 EpH. V. 29.
2 I. TiM. V. 8.
3 II. Cor. xii. 14.
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incapables ; et de croire qu'ils sont bien bons pour le temple, ceux que des difformités du corps ou des défauts d'intelligence rendraient incapables de tenir une boutique ou d'occuper tout autre emploi.
Il ne faudrait pas, toutefois, esclaves d'une trop tendre affection, nous laisser aller à élever une famille dans l'égoïsme, n'ayant en vue que des profits matériels, et les seuls intérêts de ce monde. On entend souvent citer des familles comme des modèles. « Voyez comme ils ont bien tourné ! Voyez comme ils réussissent dans la vie !» Il y a des pères et des mères, on les compte par milliers, qui « n'entretiennent pour leur maison que des convoitises condamnables ; » le monde fréquemment en parle en bons termes, car le monde aime les siens.
(5) La vérité et la vertu né s'apprécient pas d'après le succès ; et si un homme est malhonnête, ce n'est point dans cette vie, mais dans l'autre, qu'on pourra déterminer s'il a réussi. Q.ue les parents prennent donc garde de ne point consacrer toute leur vie et toutes leurs forces aux intérêts temporels de leurs enfants, au préjudice de leur propre bien spirituel et de celui de leur famille.
« Certain chevalier, dit l'auteur du Magnum Specnliun, avait près de son lit de mort sa femme et ses nombreux enfants. Comme il les entendait se lamenter chacun sur ses besoins respectifs, réunissant toute la force qui lui restait, il leur adressa ces paroles: «Je vous laisse de grandes richesses et de grands biens ; j'ai remarqué vos plaintes et observé combien vous vous inquiétez peu de moi, qui m'en vais dans une terre, où j'en suis certain, je n'ai pas un ami, pas un parent, et absolument rien. J'ignore où je pourrai trouver un conseil ou un abri ; je serai seul, dépouillé de tout. C'est
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pourquoi je pleure sur moi-même, sur moi qui aurais dû donner aux pauvres la moitié de ce que je possède. »
Cet exemple nous suggère d'autres considérations, qui mettront les parents à même de discerner la sagesse et l'heureuse influence de la doctrine chrétienne relativement à ce qu'ils désirent obtenir de leurs enfants. Car, malgré tout ce qu'ont pu s'efforcer de leur persuader des maîtres hypocrites, ils désireront naturellement être, après leur mort, l'objet d'une sollicitude que, sans cette doctrine, ils ne pourraient jamais espérer. Respect et piété pour l'âme, zèle affectueux pour tout ce qui est uni à leur mémoire : tels sont les fruits que les parents retirent d'une éducation catholique, et ils se. prolongent jusqu'au delà des régions inconnues. Car, lorsque cette éducation fait défaut, dès l'instant où le père est descendu dans la tombe, ses dernières volontés ne sont suivies que pour la transmission de ses biens ; on ne pense plus aux dettes qu'il a contractées par ses péchés ; on ne songe plus à ses désirs ; et, selon l'expression de Dom Antonio de Gérévara, «personne ne voit plus seulement une lampe briller près de sa tombe. »
Le Quatrième Commandement (suite)