ÉTABLI EN IRLANDE
Comment l'église a agi à l'égard des écoles mixtes, quels sont ses sentiments et les précautions qu'elle exige sur ce point ; c'est ce que nous apprendront ses décisions sur les systèmes d'éducation établis en Irlande, décisions dont nous allons donner un aperçu comme exemple de sa conduite dans ces questions.
Le 16 janvier 1841, dans une lettre adressée au Métropolitain de l'Irlande, pour être communiquée à ses suffragants, il était établi, en conformité avec les règles précédentes, que, comme les résultats du système national d'éducation en Irlande, dans les écoles secondaires et dans les écoles élémentaires, — sytème établi par le gouvernement anglais pour les enfants de toutes les dénominations chrétiennes, — ne semblait pas, pendant les dix années qu'il avait été en vigueur, avoir nui à la religion catholique, la Sacrée Congrégation avait pensé convenablement de ne pas porter un jugement définitif sur ce point, mais plutôt de laisser ce genre d'instruction à la prudence et à la conscience des
évêques ; carie succès du système dépendait nécessairement de la vigilance des pasteurs, de l'emploi des précautions convenables, et de l'expérience que donnerait l'avenir. Mais la Sacrée Congrégation faisait comprendre, en termes très sérieux, aux évêques d'Irlande, combien il était nécessaire que tous les livres dangereux pour la foi ou pour les mœurs, soient exclus des écoles, et que le directeur des maîtres catholiques, nommé par le gouvernement, pour les classes de religion, de morale et d'histoire, fût lui-même un catholique, ou qu'il n'y eût aucun directeur. L'idée de ne donner qu'une instruction séculière dans les écoles mixtes, paraissait en outre plus inoffensive que celle d'enseigner brièvement ce qu'on appelait les principes fondamentaux et communs de la religion chrétienne, et de réserver des instructions spéciales pour chacune des diff'érentes sectes. Enfin, les évêques et les prêtres étaient exhortés à prendre tous les moyens possibles pour prévenir la contagion des enfants catholiques par ce système d'éducation nationale, et d'user de tous leurs efforts pour obtenir du gouvernement un meilleur système et des conditions plus équitables.
Lorsque, en 1857, il était question de fonder dans les villes d'Irlande des écoles supérieures, (les collèges de la Reine), sous la direction exclusive du Conseil d'éducation nationale; — mesure, comme en fut informé le Saint-Siège, pleine de dangers, à cause du caractère protestant donné à ces écoles, et de l'intention attribuée au gouvernement de s'en servir pour la perversion des catholiques ; — une lettre du 20 février de cette même année, engageait les évêques, au nom de la Sacrée Congrégation, à défendre leurs troupeaux avec zèle et énergie, à veiller à leur sûreté avec un soin et une diligence proportionnées aux dangers que ce système faisait
courir aux âmes, et à préserver leur foi de la contagion de Terreur par des avertissements, des sermons et des lettres pastorales appropriées aux circonstances.
5. LETTRES DE LA S. CONGRÉGATION DE LA PROPAGANDE SUR LES UNIVERSITÉS ANGLAISES
Au sujet des écoles universitaires mixtes et des collèges établis par le gouvernement anglais, sur le même plan, pour l'instruction scientifique de la jeunesse, la Sacrée Congrégation, dans une lettre du 9 octobre 1847, exprimait aux évéques ses craintes que de tels collèges ne fussent dangereux pour la foi catholique et nuisibles à la religion ; elle les avertissait de n'avoir en rien à se mêler des établissements de ce genre, et les exhortait plutôt à améliorer la condition des collèges catholiques existants, et à faire leurs efforts pour fonder une académie catholique. Pour calmer les craintes qui se faisaient jour, le gouvernement anglais introduisit quelques modifications dans son système ; mais la Sacrée Congrégation, après un nouvel examen de la question, et considérant les grands dangers inhérents au système, ne jugea pas à propos de changer ses résolutions ci-dessus indiquées, et nouvelle confirmation en fut donnée aux évéques irlandais dans une lettre datée du 11 octobre 1848.
Sans parler de la lettre de la Sacrée Congrégation de la Propagande aux prélats Anglais, au sujet des Universités Anglaises, le 6 août, 1867, et de celle adressée par la même Congrégation, le 30 janvier 1885, à son Eminence le Cardinal Manning, je me bornerai à citer un passage du 34""" Synode de Westminster, page 11, qui montre la position actuelle des
catholiques relativement à Téducation donnée dans les Universités en Angleterre.
Nonobstant les lettres antérieures de la Sacrée Congrégation de la Propagande, et de Tordre donné par les évêques aux membres du clergé séculier et régulier, les obligeant sub gravis de ne donner ni encouragement ni permission aux Catholiques de fréquenter les Universités nationales pour y faire leur éducation, une récente décision du Saint- Siège, sur la demande des évêques, a annulé cet ordre ; — ce qui veut dire que, sous certaines conditions déterminées, l'église tolère, à l'avenir, que les jeunes gens catholiques fréquentent les Universités d'Oxford et de Cambridge. Le désir des évêques n'est point qu'on pousse les jeunes gens vers ces Universités, ou que l'opinion publique se forme dans ce sens, de façon à donner cette direction aux Catholiques. On a besoin encore d'une plus longue expérience, et il faut traiter cette question d'une extrême délicatesse avec beaucoup de prudence. Les évêques d'Angleterre ont publié l'avis suivant pour établir nettement la situation :
« Par suite du changement des circonstances et d'une plus grande expéfience, le Cardinal Archevêque et les évêques, au mois de janvier 1893, prirent certaines résolutions pour modifier la discipline suivie jusque-là par l'Eglise catholique vis-à-vis de l'éducation des Catholiques dans les Universités nationales d'Oxford et de Cambridge. Ces résolutions furent humblement soumises à l'autorité supérieure du Saint-Siège. Après examen attentif de la Sacrée Congrégation de la Propagande, elles furent gracieusement approuvées, le 2 avril, par le Saint Père, le Pape Léon XIII. La décision de Léglise sur ce point est donc, en substance, celle-ci : Aucune espèce d'approbation ou de tolérance ne peut être donnée à
LE aUATRIÈME COMMANDEMENT 349
l'éducation des jeunes gens dans les Universités nationales, à moins qu'ils n'aient préalablement obtenu, pendant la période de leur éducation primaire et secondaire, une entière et exacte connaissance de leur religion, et ne se soient formé un caractère assez solide pour les rendre aptes à la vie universitaire ; et de plus, à moins qu'ils ne soient prêts à acquérir, par les leçons qui leur seront données pendant leur passage aux Universités, une instruction qui les enrichira pour l'avenir de connaissances et d'enseignements catholiques aussi complets qu'on peut le juger nécessaire. Un conseil, composé de prêtres et de laïques, est nommé par les évêques, pour veiller aux intérêts religieux des étudiants catholiques, sans toutefois intervenir en rien dans le travail ordinaire des Universités. » ^
I Extrait du 34'"* Synode de Westminsterg pag. 11.
Le Quatrième Commandement
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