‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 22 sur 409 · NATURE ET DÉFINITION DE LA LOI · texte numérisé non relu

NATURE ET DÉFINITION DE LA LOI

(i)Le mot loi vient du latin légère, Yn-e^Tparce que la loi est donnée pour que l'homme puisse y lire ou y apprendre ses devoirs. Saint Thomas fait venir ce mot de ligare^ lier, parce que la loi est, pour ainsi dire, un lien ou une chaîne qui nous attache à une obligation. Il semble que telle est bien l'origine exacte de ce terme, parce que la loi diffère du conseil en ce que la première nous impose une obligation. Elle est la règle extérieure et éloignée des actions humaines, — une règle prescrite par le pouvoir suprême pour diriger les actions des hommes. Elle est définie par saint Thomas : « La loi est une prescription de la raison ayant pour fin le bien général, et promulguée par celui à qui appartient le

I S. Mat. XIX, 17.

LA LOI DE DIEU EN GENERAL 'y

gouvernement de la communauté. » ^ La promulgation est indispensable pour qu'une loi oblige ; — c'est-à-dire, il faut qu'elle soit publiquement notifiée à la communauté, bien que son obligation ne dépende pas de son acceptation par le peuple ou la communauté.

(2) En général, les lois sont divisées en deux grandes catégories, les lois divines et les lois humaines. Les lois humaines-se subdivisent en lois ecclésiastiques et en lois civiles. De celles-ci nous n'avons pas à parler pour le moment. Dans la loi divine, il faut distinguera loi éternelle, la loi naturelle et la loi positive.

(3) L2l loi éternelle est la voix de l'esprit divin, laquelle prescrit ou détermine ce que les créatures raisonnables doivent faire ou éviter. Elle n'est pas autre chose, selon saint Augustin, que la raison divine et incréée, — la volonté éternelle, qui règle l'ordre naturel des choses, et défend de le troubler et de le violer. J'en limite ici le sens aux êtres raisonnables, parce que l'homme est le seul être libre sur la terre, et que seul il a la facilité de se conformer à la loi éternelle de Dieu ou de la transgresser. Le terme de loi, dans son sens le plus général et le plus étendu, peut en réalité s'appliquer à toutes les actions, qu'elles procèdent d'êtres animés ou inanimés, raisonnables ou irraisonnables. Mais ici, comme on le comprend, je traite des actions morales, et des règles que le Créateur a posées pour leur direction.

De toute éternité il y eut en Dieu la raison de l'ordre suivant lequel les créatures, quand elles arriveraient à l'existence, seraient dirigées et gouvernées. C'est dans ce sens que la loi

I Ordinatio rationis obligationein induceus ad bonum commune ab eo qui curain communitatis habet promulgata.

est appelée éternelle, lors même qu'elle n'a existé que dans le temps, après la création, lorsqu'elle fut promulguée aux êtres raisonnables.

Toute autre loi est dérivée de la loi éternelle comme d'une cause exemplaire, parce qu'elle est la source et le modèle de toutes les lois. Elles en dérivent comme d'une cause efficiente, parce que tout pouvoir législateur vient de la loi éternelle,, ou, en d'autres termes, de Dieu.

(4) La loi naturelle ou loi de nature, est la loi éternelle telle qu'elle est imprimée dans la raison de l'homme ; ou encore, elle est la voix de notre raison créée prescrivant ce qu'il faut faire ou éviter. C'est que Dieu, quand il a créé l'homme et l'a doué d'une volonté libre, a posé certaines lois immuables de la nature humaine, qui doivent diriger cette libre volonté et la limiter conformément aux préceptes de la raison naturelle. Cette loi s'appelle aussi la droite raison, — ou les lumières de la raison. C'est elle qui nous rend capables de distinguer le bien et le mal, le juste et l'injuste, le vice et la vertu. Cette loi est un reflet de la loi étemelle^ ne fait qu'un avec elle, en ce sens que toutes les deux prescrivent la même chose. Elles diffèrent en ce que la loi éternelle Qst en Dieu, et que la loi naturelle est dans l'esprit créé. On pourrait en donner comme exemple l'image qui est la même sur un sceau et sur la chose qui en a reçu l'empreinte. Saint Paul veut parler de cette loi quand il dit: « Car lorsque les Gentils qui n'ont point de loi font naturellement les choses que la loi commande; n'ayant point de loi, ils se tiennent à eux-mêmes lieu de loi. Et ils font voir que ce qui est prescrit par la loi, est écrit dans leur cœur, par le témoignage que leur en rend leur conscience, et par la diversité des

réflexions et des pensées qui les accusent ou qui les défendent. » ^

La loi naturelle, bien qu'unique en elle-même, contient plusieurs préceptes ou principes qui se partagent en trois classes : les principes premiers^ les principes secondaires et les principes éloignés.

Les principes premiers prescrivent de rendre un culte à Dieu, de vivre honnêtement, de ne nuire à personne et de rendre à chacun ce qui lui est dû. C'est à ces points que Justinien ramène tout l'enseignement de la loi.

hes principes secondaires sont ceux qui peuvent se déduire facilement des premiers, tels que ceux qui sont contenus dans les commandements de Dieu.

Et Iqs principes éloignés sont les préceptes qui se déduisent des secondaires par les lumières de la raison naturelle, ou ceux qui se déduisent difficilement des premiers principes de la loi.

La loi naturelle iui'ç^vovcLwl^Mée pour le genre humain dès l'instant où la révélation fut faite à nos premiers parents, selon l'Ecclésiastique: « Dieu a créé l'homme de la terre, et il l'a formé à son image. ..Il lui a créé de sa substance une aide semblable à lui: il leur a donné le discernement, une langue, des yeux, des oreilles, un esprit pour penser; et il les a remplis de la lumière de l'intelligence. 11 a créé en eux la science de l'esprit; il a rempli leur cœur de sens; et il leur a fait voir les biens et les maux... Il leur a prescrit encore l'ordre de leur conduite; et il les a rendus les dépositaires de la loi de vie. Il a fait avec eux une alliance éternelle; et il leur a appris les ordonnances de sa justice. Ils ont vu de leurs yeux les

I Rom. II. 14, 15.

merveilles de sa gloire, et il les a Honorés jusqu'à leur faire entendre sa voix. Ayez soin, leur a-t-il dit, de fuir toute sorte d'iniquité. Et il a ordonné à chacun d'eux d'avoir soin de son prochain. » ^

Pour parler pratiquement, personne ne peut ignorer invinciblement les premiers principes ou préceptes de la loi naturelle, parce qu'ils sont clairement gravés dans l'esprit de chacun.

Quant aux principes secondaires, nul ne peut, pratiquement, les ignorer d'une manière invincible, à moins que ce ne soit peut-être le cas pour des personnes absolument sans instruction et sans expérience, et alors, l'ignorance de ces préceptes ne saurait durer que peu de temps, et, dans certaines circonstances, semblerait excusable et honnête.

Pour les conclusions ou principes éloignés de la loi naturelle, l'ignorance invincible peut se rencontrer chez l'homme qui agit et même chez l'homme qui enseigne, comme l'établit clairement saint Alphonse. ^

La loi de nature, dès lors qu'elle est une loi nécessaire affectant seulement les choses qui sont intrinsèquement et par leur nature bonnes ou mavaises, ne saurait pas admettre de changement ni de dispense, pas même de la part de Dieu qui ne peut se contredire.

Dans certains cas, cependant, le point au sujet duquel la loi naturelle impose une obligation peut être changé de telle façon que, les circonstances n'étant plus les mêmes, l'objet cesse de tomber sous la loi de nature.

1 EccLES. XVII. I et seq.

(5) La loi divine positive. — Elle se divise en deux parties: l'ancienne et la nouvelle loi, ou la loi Mosaïque et la loi Evangélique.

(6) L'Ancienne Loi ou Loi donnée à Moïse. — La loi naturelle ayant été obscurcie par les passions des hommes et étant presque tombée en oubli, Dieu daigna manifester de nouveau sa volonté aux hommes, par l'intermédiaire de Moïse, sur le mont Sinaï, environ 2.500 ans après la création de la race humaine. Il la fit graver sur des tables de pierre, puisque les hommes n'étaient plus capables de la lire dans leur cœur dépravé.

Les préceptes de l'ancienne loi étaient de trois sortes: I. Les préceptes moraux.^ qui prescrivaient aux hommes ce qui avait toujours été contenu dans la loi de nature, leurs devoirs religieux et sociaux, — en d'autres termes, leurs devoirs envers Dieu et leurs devoirs envers les uns les autres. 2. Les préceptes cérémoniaiix., qui indiquaient les rites extérieurs et les cérémonies que les Juifs devaient observer dans le culte divin. 3. Les ]^técQ\)\.Qs judiciaires, qui déterminaient la manière d'administrer la justice parmi le peuple juif.

La /6>/ ;;/cr^/e était c.ontenue dans les préceptes du Decalogue; et, comme elle se compose des préceptes secondaires de la loi de nature, elle obligeait tous les hommes en tous les temps.

Les préceptes cérémoniaux q\. judiciaires de l'ancienne loi n'étaient obligatoires que pour les Israélites et pour les prosélytes, ou ceux qui, parmi les Gentils, embrassaient le Judaïsme et se soumettaient aux cérémonies de la circoncision.

Il est de foi que Dieu était l'auteur de l'ancienne loi; et, par conséquent, elle est bonne et sainte; mais, comme toute

lO LES COMMANDEMENTS

autre loi, elle a souvent été l'occasion du péché par les abus qu'on en a fait.

(7) La loi nouvelle ou loi Évangélique, n'est pas autre chose que Vancienne loi morale^ renouvelée, approuvée et perfectionnée par Jésus-Christ, selon sa propre déclaration: « Ne pensez pas que je suis venu détruire la loi et les prophètes. Je ne suis pas venu les détruire, mais les compléter.»

La loi nouvelle a été donnée par le Christ à tous les hommes et pour tous les temps. Bien que la loi morale soit la même, il faut savoir que le Christ a encore donné deux autres sortes de préceptes; — à savoir, les préceptes sacramentels et les préceptes de foi. Ceux-ci, différents des préceptes cércmoniaux eijudici'aires de l'ancienne loi, qui ne s'adressaient qu'aux Juifs, obligent tous les hommes et resteront toujours en vigueur. De plus, l'ancienne loi ne donnait pas la grâce, bien que la grâce fût donnée sous l'ancienne loi en vertu de la nouvelle: la loi nouvelle donne la grâce par les sacrements.

L'ancienne loi, dans sa partie cérémoniale, n'était qu'une ombre et une figure delà nouvelle: c'est pour cela qu'elle a cessé quand celle-ci a été en vigueur.

La promulgation solennelle de la loi nouvelle et son obligation ont commencé le jour de la Pentecôte, pour les Juifs habitant alors à Jérusalem, et ensuite, progressivement, pour le monde entier.

L'ancienne loi a commencé à tomber pendant la vie du Christ, bien qu'elle fût alors obligatoire pour les Juifs. Elle a cessé ou elle est morte au moment de la mort du Christ. Elle devint mortelle ou illicite à l'époque de la destruction de Jérusalem. Alors, la synagogue fut ensevelie et les legalia ne pouvaient plus être observés sans péché.

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