COMMENT LA LOI DES ÉLECTIONS TOUCHE A LOI MORALE
Pour répondre aux objections qu'on pourrait soulever contre la doctrine que nous venons d'exposer, qu'on me permette de citer un ou deux passages de l'essai théologique du Rev. P. E. O'Reilly, s. j., intitulé '.Le Clergé et la Loi des élections.
« Ce que j'affirme, c'est qu'il peut y avoir une obligation de conscience, une obligation sous peine de péché, et même de péché grave, de voter pour ou contre un homme particulier dans certaines circonstances. La loi ne supprime pas, et ne saurait supprimer cette obligation. Ce que j'affirme en outre, c'est que, dans le cas où cette obligation existe, qu'on la croit ou qu'on la suppose raisonnablement exister, il n'y a point de mal à la démontrer en particulier ou en public. Il semble vraiment étrange qu'il ne soit point permis à un prêtre de parler à, ses ouailles d'une obligation de conscience qu'il croit réelle, et, conséquemment, de leur parler d'un péché que, selon lui, ils commettront en manquant à cette obligation. Chose assez curieuse ! un laïque peut, je présume, parler tant qu'il voudra du péché qu'il y aurait à voter de telle ou telle manière ; mais un prêtre ne le peut pasi — Et cela nous pouvons le supposer, parce qu'on croirait plutôt celui-ci, et qu'on prêterait fort peu d'attention au dire de l'autre. Après tout, un prêtre ne peut pas faire qu'une chose soit un péché, si elle ne l'est pas. Une autre chose bien
certaine, c'est que, aux yeux de tous les Chrétiens tolérants, et aux yeux d'un grand nombre qui ne sont pas Chrétiens, la position d'un législateur est une de celles qui font beaucoup pour le bien ou pour le mal; c'est encore que de mauvais législateurs sont un grand mal moral, et que leur choix est une question de morale. Et pourtant, on ne doit pas, semblet-il, parler d'un péché qui s'y rapporte. En d'autres termes, il ne faut pas parler de la conscience, parce que, où la conscience est en jeu, là se montre le péché. Qu'on ferme le ciel et l'enfer pour qu'on ne puisse les voir ! Je voudrais qu'on fit bien attention qu'il n'est là nullement question d'excès ou d'abus. En serait-il même question, je m'opposerais encore à toute ingérence dans ce qui- est du domaine propre de l'Eglise ; mais il n'y a ni excès ni abus. Avec ou sans modération, ne touchez pas à ce qui est coupable ! Je le demande, tout cela est-il vraiment chrétien ?
Faisant allusion aux paroles prononcées par M. Justice Fitzgerald dans le procès d'invalidation de l'élection de Longford, en 1870, le même savant auteur continue: « M. Justice Fitzgerald, parlant de la légitime influence du prêtre catholique, dit: « Il peut... montrer la droite ligne du devoir moral, et expliquer pourquoi un candidat doit être préféré à un autre ! Or, je demande ce que c'est que la ligne du devoir moral^ si ce n'est la ligne de la probité morale opposée à la honte morale ? Et qu'est-ce que c'est que la honte morale, si ce n'est le péché? Sans contredit, le devoir moralest supérieur aux partis politiques; c'est quelque chose de plus qu'un simple expédient^ puisque les partis politiques et les expédients sont supposés choses indifférentes au point de vue de la conscience. Devoir moral signifie obligation morale. Le mot n'a qu'un sens vrai et naturel, bien qu'il
puisse avoir des objets excessivement variés. Le devoir, par exemple, de respecter la propriété est aussi rigoureusement un devoir moral, et dans le même sens, que celui de respecter la vie du prochain, lors même que le vol n'est pas aussi grand crime que le meurtre. Tout devoir réel a un rapport à Dieu, et aucun devoir réel ne va sans être accompagné d'une sanction divine de récompense ou de châtiment. Ceux qui nient ou ne connaissent pas Dieu et une rétribution future, peuvent, il est vrai, admettre titie sorte de devoir moral, mais non dans le même sens que les chrétiens. Alors, ou que la ligne du devoir moral soit effacée, ou que le péché et ses conséquences disparaissent. »