I ECCLES. VII
(3) Les commandements sont possibles; ils sont même doux et faciles à observer. Prétendre que l'accomplissement de la loi chrétienne est impossible serait une impiété et un blasphème, parce que ce serait accuser Dieu d'injustice en nous commandant des choses qui dépassent nos forces. La loi de Dieu, au contraire, est une loi d'amour,d'après l'expression du Christ: « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure. » ^ Et saint Paul nous dit que « l'amour est l'accomplissement de la loi. » ^ « Comment, dit saint Augustin, pourrait-il être impossible à un homme d'aimer, d'aimer son Créateur qui l'a comblé de tant de faveurs ; d'aimer un Père si plein de tendresse, et d'aimer sa propre chair et son propre sang dans ses frères? » De fait, les Saints ont gardé la loi, et c'est grâce à son observation qu'ils sont maintenant dans le ciel. La foi et l'expérience nous apprennent que l'observation des dix commandements et de la loi chrétienne n'est pas impossible. Soutenir le contraire serait à la fois impie et hérétique, comme le déclare formellement le Concile de Trente. 3 II n'est pas seulement possible de garder la loi, mais c'est encore doux et facile. Comme le dit notre Sauveur lui-même : « Prenez mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez la paix de votre âme. Car mon joug est doux et mon fardeau léger. » 4 Saint Jean nous dit très expressé-
1 S. Jean. xiv. 23.
2 Rom. xni. 10.
3 Sess. VII. de justif. can. lî
4 S. Math, xi, 29, 30.
ment :« L'amour de Dieu consiste à garder ses commandements, et ses commandements ne sont point pénibles. » ^
(4) Il ne faudrait cependant pas nous laisser aller à une illusion trompeuse, quand on nous dit que garder les commandements est chose possible et facile. Il est parfaitement vrai qu'il en est ainsi, mais avec le secours de la grâce de Dieu. Il est raconté dans l'Evangile qu'un jour un jeune homme se présenta à notre Sauveur et lui fit cette question : « Qu'est-ce que je dois faire pour être sauvé? » Et le Christ lui répondit: « Gardez les commandements. » C'est ce que le jeune homme avait fait, bien que peut-être pas sans difficulté. Les Apôtres semblaient aussi avoir saisi que l'observation des commandements n'était pas chose facile, et un jour ils dirent à Notre-Seigneur: « Q,ui donc, alors, pourra être sauvé? » Jésus, dans sa bonté, leur en donna l'explication. L'homme, livré à lui-même, n'est pas capable d'accomplir toute la loi à cause de la faiblesse de sa nature déchue, mais il le peut facilement avec le secours de Dieu. « Cela est impossible aux hommes ; mais tout est possible à Dieu. » 2 Nous ne devons pas oublier ces paroles. Tandis qu'elles nous inspirent de la confiance en Dieu, elles nous remplissent de défiance à l'égard de nous-mêmes, et nous permettent de dire avec saint Paul: « Je puis tout en celui qui me fortifie. » 3 Nous pouvons garder les commandements si nous le désirons avec sincérité, parce que Dieu nous donne toujours la grâce nécessaire pour observer sa loi, et sa grâce, non-seulement rend notre volonté capable de
2 S. Mat. XIX. 25, 26.
3 Philip, iv. 13.
remplir tous les devoirs imposés par la loi, mais nous fait encore trouver joie et bonheur dans leur accomplissement. Toutes les difficultés que nous éprouvons à garder les commandements, viennent des mauvaises dispositions de notre nature. La lumière du soleil est belle et agréable, mais elle est nuisible aux yeux affaiblis ; la nourriture, savoureuse quand on est en santé, est désagréable quand on est malade.
(^) En traitant des obligations de la loi divine, nous devons, comme dans toutes les autres lois, distinguer entre un précepte affirmatif et un précepte négatif. Un précepte affirmatif oblige toujours, mais non en tout temps et à chaque moment (ohligat semper sed non ad semper) ; c'est-àdire que ce précepte doit être observé aux temps prescrits, comme, par exemple, l'obligation de sanctifier le dimanche, de faire des actes de foi, d'espérance et de charité ; mais ces actes, toujours obligatoires pendant la vie, ne le sont pas à tout instant. Un précepte négatif oblige toujours et en tout temps, — c'est-à-dire, à chaque moment, comme, par exemple, de ne pas voler, de ne pas blasphémer. (Obligat semper et pro semper).
Nous avons en outre à noter que les lois, même les lois divines, obligent sous peine de péché grave en matière grave, et seulement sous peine de péché véniel en matière légère. C'est une erreur de croire que toute violation de la loi divine est un péché mortel, parce que cette loi peut être violée en de petites choses, comme, par exemple, voler un objet sans valeur, dire un simple mensonge.
Le genre ou la qualité de l'obligation imposée par une loi doit s'apprécier d'après la vertu qui en est Tobjet. Ainsi, l'obligation d'adorer Dieu appartient à la vertu de religion, l'obligation de jeûner, à la vertu de tempérance, etc. La
transgression de la loi et la nature du péché s'appréciera aussi selon qu'elle est opposée à telle ou à telle vertu.