EXEMPLES
D'où nous tirons les conclusions suivantes : (i) Ressentir de la tristesse en voyant des faveurs accordées à des personnes qui en sont indignes et qui ne les méritent nullement, ce n'est pas de l'envie, mais de V indignation ; — et c'est une indignation très-juste, si nous l'éprouvons parce que l'honneur de Dieu et le bien du prochain risquent d'être compromis par ces personnes auxquelles sont confiés certains pouvoirs et certaines situations. \i indignation serait coupable, bien entendu, si elle avait pour objet des faveurs accordées par Dieu à des pécheurs que nous en jugeons indignes.
(2) Etre triste d'un bien qui peut devenir un mal pour nous, n'est pas de l'envie, mais la crainte du mal. Ainsi, éprouver de la peine, parce que notre ennemi se trouve favorisé d'une telle façon qu'il pourra nuire à nous et aux autres, et qu'il nuit en effet, est une peine causée, non par le bien du prochain, mais par le mal qu'il est à même de nous faire. D'autre part, comme il ne nous est pas possible de voir le cœur et d'apprécier les capacités des autres, il peut bien se faire que nous ne les jugions pas à leur juste valeur, et qu'ils soient capables de remplir leurs charges mieux que nous ne le supposons.
(3) La tristesse ressentie des avantages du prochain, non parce qu'ils sont un bien pour lui, mais parce que nous en sommes privés nous-mêmes, n'est pas de l'envie, mais de l'émulation, et celle-ci n'est pas un péché, d'après les paroles de saint Paul : « Ayez plus d'empressement pour les dons qui sont les meilleurs ; et je vais encore vous montrer une voie beaucoup plus excellente. » ^ Ainsi, sans aucune mauvaise intention à l'égard d'une personne, je puis légitimement être peiné qu'elle ait obtenu une charge ou un emploi que je désirais. Les étudiants, dans les arts et dans les sciences, quand ils voient les progrès des autres, peuvent être attristés de leur peu d'avancement, et seront par-là excités à faire plus d'efforts. Un artisan, qui voit son voisin soutenir sa famille par ses succès et son habileté, peut être peiné de se sentir incapable d'arriver à la même prospérité. Un marchand et un maître d'hôtel, à la vue des nombreux acheteurs et clients qui fréquentent le magasin et l'hôtel de son voisin, peuvent s'attrister, non de ce qui est un bénéfice pour le prochain, mais de la perte qui en résulte pour eux-mêmes.