II. PÉCHÉS DE LA LANGUE
Il défend toute discorde; et, par cette expression, il faut entendre les contrariétés du cœur et de la volonté, les disputes et les coups.
12. QUAND UNE DISCUSSION OU CONTROVERSE EST PERMISE ET QUAND ELLE NE L'EST PAS
Dispute veut dire controverse irritée ou combat en paroles. Si la dispute attaque les vérités du domaine de la foi, les bonnes mœurs ou la justice, d'une manière sérieuse, elles est un péché mortel. Si elle attaque les mensonges pour défendre la vérité avec modération et sans emportement, elle n'est que juste et louable. Attaquer l'erreur même avec amertume et
violence n'irait pas au-delà du péché véniel. Les Chrétiens doivent être disposés à céder les uns aux autres, quand les principes ou les vérités de la religion ne doivent pas en souffrir. S'ils ne peuvent pas arriver à.être du même avis sur une question, ils doivent soutenir leur opinion sans se quereller, se rappelant les paroles du bon vieillard qui disait à ses frères au moment d'une vive discussion: « Entendonsnous autant que posssible, et si nous ne pouvons pas nous accorder, au nom de Dieu, accordons-nous pour différer d'opinion. »
13. QUERELLES AMENANT LES BATAILLES QUAND ELLES SONT LICITES ET QUAND ELLES SONT ILLICITES
Les disputes et les querelles amènent les batailles et les coups. Celui qui attaque ainsi violemment son semblable se rend coupable d'un péché grave; et faire injure au prochain, ne serait-ce qu'en portant la main sur lui, ne saurait être une faute légère.
L'homme qui se défend avec la modération voulue, contre une provocation de ce genre, ne pèche pas, et la querelle, autant que sa cause est en jeu, ne peut pas prendre le nom de bataille. Mais s'il se défend avec un désir de vengeance, et avec une violence excessive, il se rend coupable d'un péché plus ou moins grave, qui ne peut s'apprécier que d'après son état d'esprit, le degré de sa colère et les torts inutiles causés à son prochain. Il se rendrait certainement coupable d'une faute mortelle, si, avec une intention réfléchie, il se retournait contre son adversaire avec la volonté de le tuer ou de le blesser sérieusement. Nombreux sont les péchés qui naissent de la méchanceté du cœur, et nombreux sont les
fruits d'une mauvaise langue. De ce nombre, nous pouvons citer les querelles et les batailles; et, par conséquent, afin d'imposer un frein à notre langue, nous ferons bien de nous rappeler les paroles de l'apôtre saint Jacques :« La langue n'est qu'une petite partie de notre corps et cependant combien peut-elle se vanter de faire de grandes choses! Ne voyez-vous pas comment un petit feu est capable d'allumer une grande forêt? La langue aussi est un feu: c'est un monde d'iniquités, et n'étant qu'un de nos membres, elle infecte tout notre corps; elle enflamme tout le cercle, tout le cours de notre
vie, et est elle-même enflammée du feu de l'enfer Nul
homme ne peut dompter la langue; c'est un mal inquiet et intraitable; elle est pleine d'un venin mortel. » ^
Après l'étude des péchés défendus par ce commandement, et contraires à la vie humaine, à l'amour et au respect que nous devons à nos semblables, qu'il nous soit permis de terminer par une réflexion sur la dignité de l'homme et de la vie humaine.