NATURE ET GRAVITÉ DU PÉCHÉ DE LUXURE
Le péché de luxure contraire à ce commandement est de sa pleine nature grave ou mortel ; conséquemment, si nous exceptons le cas des personnes mariées, aucune légèreté de matière ne saurait être admise dans les péchés de ce genre^ dès qu'ils ont été commis avec plein consentement.
4. NOUS NE DEVONS PAS, EN TRAITANT CE SUJET NOUS LAISSER ARRÊTER PAR DES OBJECTIONS MALSONNANTES
Saint Paul nous dit à propos de ces péchés : Qu'on n'entende pas seulement parler parmi vous ni de fornication, ni de quelque impureté que ce soit, ni d'avarice, comme on ne doit point en entendre parler parmi des saints. » ^ On doit s'en tenir à cet avis sur ces matières, toutes les fois qu'il n'est pas nécessaire d'en parler. Mais, comme l'impureté est le roc contre lequel tant d'âmes viennent faire naufrage, les
I Eph. V. 3.
avertissements et les instructions deviennent aussi urgentes sur ce point que sur tout autre commandement. Il nous faut donc traiter en particulier des principaux péchés que défend ce précepte, et de la manière dont ces choses sont envisagées dans les livres d'enseignement catholique. Nous n'avons point de raisons de nous arrêter à des objections malsonnantes, comme, par exemple, celles que voici : (i) Ces instructions suggèrent de mauvaises pensées aux jeunes lecteurs et excitent une curiosité malsaine. (2) Les jeunes gens sont souvent très innocents et ignorants au sujet des fautes de ce genre. (3) Ces enseignements peuvent tomber sous les yeux de ceux à qui ils ne sont point destinés. Pour répondre à ces objections, qu'on me permette de dire qu'elles prouvent trop. La vertu a besoin d'un maître pour l'enseigner ; le vice, non. Et les jeunes gens, s'ils ne sont prévenus à temps et par une instruction suffisante, pourront être entraînés dans des habitudes vicieuses, d'où il sera difficile plus tard de les arracher. Ce n'est pas tout : même les enfants aujourd'hui doivent apprendre des leçons de la Bible, l'histoire de la Bible ; et la Bible parle de ces péchés en termes très nets. On consacre à ce sujet un chapitre spécial dans nos catéchismes ordinaires; dans nos livres de piété, il est fait mention des péchés opposés au sixième commandement, comme des autres dans les formules pour l'examen de conscience. De plus, y a-t-il sur ce point autant d'ignorance qu'on le suppose? Réfléchissonsnous que les jeunes gens lisent les classiques ; que jeunes gens et jeunes filles lisent les poètes et les nouvelles ; qu'ils lisent les journaux et la littérature courante du jour, sans parler des lieux d'amusements publics, des salles de spectacles et choses semblables, qui sont si nombreusement fréquentés ? L'ignorance ! supposé même qu'on la rencontre
dans certains milieux, l'ignorance n'est pas l'innocence, et savoir n'est pas être coupable. On peut trouver la plus grande pureté unie à une grande science, et la plus grossière ignorance jointe à la pire espèce de sensualité. A propos d'un mal social, d'un mal qui est la ruine de tant de milliers d'âmes, il n'y a pas lieu de propager l'ignorance ; elle n'est point à désirer. Ces enseignements seront lus par ceux à qui ils ne sont point destinés : qu'on me permette seulement de faire remarquer que la lecture candide et intelligente de ces instructions ne saurait nuire aux sentiments moraux et religieux de qui que ce soit ; et personne, après les avoir parcourues, n'aura le cœur moins pur qu'auparavant. ' Un auteur qui a publié un ouvrage fort utile, ayant pour titre « La Morale, » relève brièvement une ou deux autres objections :«(i) Altitm silentium devrait être notre devise en cette matière. » Oui, altiim silentium ! le profond silence I Comme si ce principe usé par le temps n'avait pas été déjà soumis à une expérience suffisante, et comme si on ne l'avait pas assez trouvé en défaut ! (2) « On ne raisonne pas avec la sensualité, on lui résiste. » On lui résiste ! Sans»doute qu'on devrait le faire ! On ne raisonne pas avec elle ! Et pourtant, même pendant que j'écris, le vice chuchote ses murmures tentateurs aux oreilles de chacun, et les cris perçants de ses victimes séduites et trompées nous assourdissent de toutes parts. (3) «Ne parlons que du bien seul, c'est assez ! » — Oui, c'est assez ! tandis que la sensualité, abominable torrent de destruction, nous submerge, entraînant dans ses flots rapides et irrésistibles, dans ses ondes sans fond, les plus ravissantes de nos femmes, les plus beaux et peut-être les plus aimables
I Voyez un ouvrage intitulé : La Morale^ de M. C. Hime.
de nos hommes. Fut-il jamais quelque chose dont on put dire: «c'est assez!» Oui, du moins, assez des bruyantes clameurs du vice ! » ^
Il nous faut maintenant parler de quelques-uns des péchés de luxure qui sont la ruine du mariage, de l'ordre moral de la société et de la vertu des individus.