SUR CE SUJET
Les moyens à employer pour combattre un mal aussi funeste, ne sauraient être mieux exprimés que dans une adresse publiée par Tépiscopat réuni de la vénérable et très fidèle église d'Irlande. En voici un passage?
« C'est avec la plus profonde douleur, et en versant des larmes, à l'exemple de l'Apôtre, que nous constatons que le vice abominable de l'intempérance continue toujours à exercer des ravages affreux parmi nos populations. Il détruit dans les âmes l'œuvre de la religion, et, malgré leurs étonnantes vertus naturelles et surnaturelles, il fait, d'un grand nombre des ennemis de « la Croix du Christ, qui auront pour fin la damnation, qui font leur Dieu de leur ventre, qui mettent leur gloire dans leur propre honte. » ^ N'est-ce pas^ Nos Très chers Frères, un scandale intolérable, qu'au milieu d'une nation catholique comme la nôtre, on trouve tant d'esclaves de l'intempérance, qui sacrifient habituellement au vil excès de la boisson, non seulement leur raison, mais leur caractère, l'honneur de leurs enfants, leurs ressources, leur santé, leur vie, leur âme, et Dieu lui-même? C'est à l'ivrognerie, comme à sa cause honteuse, qu'il faut attribuer
1 Voy. M." Hay; Le Chrétien Pieux^ ch. xvi.
2 Philip, m. i8, 19.
presque tousles crimes qui déshonorent notre pays, et, en grande partie, la pauvreté dont il souffre. L'ivrognerie a ruiné plus de familles, jadis heureuses, qu'il n'en est jamais tombé sous le levier dans les pires jours d'éviction; elle a rempli plus de tombes, fait plus de veuves et d'orphelins que la famine; elle a brisé plus de cœurs, anéanti plus d'espérances, brisé les liens d'union entre les familles d'une manière plus irréparable, que l'exil forcé auquel la misère a condamné les emigrants. Contre un fléau si répandu et si funeste, nous conjurons tous ceux qui ont à cœur l'honneur de Dieu et le salut des âmes, de s'armer d'un saint zèle. Nous avertissons les parents et les maîtres qu'ils sont tenus de donner personnellement l'exemple de la sobriété à tous ceux qui sont sous leur autorité, et de prendre des mesures pour que ceux dont ils ont la charge ne deviennent pas les victimes de l'intempérance. Nous exhortons les artisans et les autres membres des classes ouvrières à entrer dans l'une des pieuses confraternités approuvées par l'Eglise, dans lesquelles, s'ils sont fidèles à en observer les règles, ils trouveront une école d'abnégation chrétienne. Nous bénissons de tout notre cœur les ecclésiastiques zélés et tous ceux qui, conformément à l'e prit de l'Eglise, consacrent leur temps et leurs forces à promouvoir la cause de la tempérance. Nous rappelons à tous que, quelque précieux que soient tous les autres secours, il est une source intarrissable où la faiblesse humaine peut puiser la force nécessaire pour résister à la tentation et briser les chaînes des mauvaises habitudes. Cette source est le Sacré-Cœur de Jésus, fontaine perpétuelle de miséricorde^ dont, parla prière et les sacrements, nous obtenons la grâce et les secours qui nous conviennent. L'habitude de la prière quotidienne fidèlement conservée, la pieuse audition de la
parole de Dieu, et la faite des occasions dangereuses sont les seuls moyens sûrs de triompher de l'intempérance. » ^
Je terminerai ce chapitre par deux citations fort à propos du livre de F. Bridgett: L Ecole de la Boisson.
II. PAROLES DU CARDINAL MANNING ET DES ARCHEVEQUES ET ÉVÊQUES D'IRLANDE SUR CE MEME SUIET
(i) Paroles du Cardinal Manning, Archevêque de Westminster: « Maintenant, mes chers amis, écoutez! Je descendrai dans ma tombe sans avoir goûté les liqueurs fermentées. Mais je le répète clairement: si un homme dit que l'usage du vin et de toute autre boisson de ce genre est défendu, lorsqu'il ne conduit pas à l'ivresse, — cet homme est un hérétique condamné par l'Eglise catholique. Avec cet homme, je ne veux jamais rien avoir à démêler. Or, je désire propager par tous les moyens en mon pouvoir les sociétés d'abstinence totale; je veux encourager toutes les sociétés de ce genre. Mais du moment où je vois des hommes chercher, contre toute charité, à fouler aux pieds ceux qui n'appartiennent pas à ces sociétés, — de ce moment, je ne veux rien avoir à faire avec ces hommes.
« le voudrais deux sortes de vœux de tempérance un vœu pour les mortifiés qui ne goûtent jamais de boissons alcooliques et un autre, pour les modérés qui n'en abusent jamais. Si je peux faire en sorte que ces deux classes de personnes travaillent ensemble, je travaillerai au milieu d'elles. Si je ne puis les amener à travailler ensemble, je travaillerai iivec toutes les deux séparément. »
I Lettre Pastorale des Archevêques et Evèques d'Irlande à la fin du Synode National de Maynooth, 20 sept. 1875.
(2) Paroles des Archevêques et Evêques d'Irlande. Dans leur réunion publique du mois d'octobre 1873, les Evêques d'Irlande prirent à l'unanimité la résolution suivante : «Nous supplions instamment tous les membres de notre clergé, dans toute l'Irlande, d'apporter toute leur vigilance et tout leur zèle à la répression de l'ivrognerie, qui est un des plus grands maux de notre temps, un mal qui démoralise et appauvrit le peuple, qui ruine par milliers les âmes pour le salut desquelles le Christ a donné sa vie. Parmi les moyens qu'on peut utilement employer, nous recommandons l'Association de la Prière, et l'établissement dans chaque paroisse de sociétés de tempérance, fondées sur les principes de la religion catholique. »
Le Septième Commandement