EST CONDAMNÉE PAR L'ÉGLISE
Les propositions suivantes, sur ce sujet, ont été condamnées par Innocent XI: «Si quelqu'un, seul ou devant d'autres
I Apologie. — Note sur le Mensonge et l'Equivoque.
personnes, interrogé ou de son propre mouvement, dans un but de récréation ou dans tout autre but, jure qu'il n'a pas fait une chose qu'il a réellement faite, pensant en lui-même <i une chose qu'il n'a pas faite, ou qu'il a faite, d'une autre manière, ou en pensant en lui-même à une autre vérité qu'il ajoute dans son esprit, celui-là ne ment réellement pas et n'est pas parjure. »
Cette proposition est la vingt-sixième de celles condamnées par Innocent XL La vingt-septième, également condamnée par le même Pape, est celle-ci : « Il y a un motif légitime d'user de termes équivoques, toutes les fois que la chose est rendue nécessaire ou utile par le salut du corps, par l'honneur, par la conservation des biens de la famille, ou par tout autre acte de vertu, aussi longtemps qu'on peut croire utile et prudent de cacher la vérité. »
C'est dans ce sens que parle Natalis Alexandre, cité par le D"" Newsman dans son Apologie: « Ceux-là mentent certainement qui profèrent les expressions d'un serment sans la volonté de jurer ou de s'obliger, ou qui se servent de restriction mentale et d'équivoque en faisant un serment, puisqu'ils expriment par leurs paroles des choses qu'ils ne pensent pas, des choses contraires à la fin pour laquelle le langage a été institué, c'est-à-dire, pour exprimer les idées. Ils veulent faire entendre des choses différentes de celles que signifient par eux-mêmes et les mots et la manière ordinaire de parler. » A ces paroles, Newman ajoute : « Prenons un exemple : Je ne pense pas qu'un seul prêtre en Angleterre s'aviserait de dire : Mon ami n'est pas ici, voulant dire : Il n'est pas dans ma poche ou sous mon talon. Nulle considération ne me déterminerait à parler ainsi moi-même, je ne crois pas que saint Alphonse l'eût dit; et il aurait été sans
contredit aussi choqué de la façon de s'exprimer de Taylor et de Paley que les protestants le sont de la sienne. » ^
4. SENS DANS LEQUEL LA RESTRICTION MENTALE PEUT ÊTRE ADMISE ET LÉGITIMEMENT EMPLOYÉE
Après avoir exposé dans quel sens on ne saurait admettre l'équivoque et la restriction mentale, j'essaierai d'expliquer dans quel sens il peut être permis d'en user.
Il est permis quelquefois, pour un juste motifs d'user de la restriction mentale prise dans son sens large, — c'est-à-dire, quand elle n'est pas purement mentale, — et d'expressions équivoques, qui peuvent être prises par les auditeurs dans le sens où on les emploie ou dans un autre. On en donne pour raison que le bien public peut quelquefois exiger qu'on emploie ce moyen pour cacher certaines vérités ; et souvent il n'y a pas d'autre moyen de les cacher qu'en ayant recours à V équivoque et à la restriction mentale. Se servir de ce moyen, dans le sens où nous l'entendons ici, n'est pas un mensonge, et ce n'est pas tromper, parce que la pensée de celui qui parle se dégage aisément des expressions équivoques et des circonstances dans lesquelles il les prononce. Si la personne à laquelle on les adresse ne les entend pas dans le bon sens, on peut l'attribuer à sa simplicité, à son ignorance, ou même à sa malice, si elle a fait des questions indiscrètes. C'est dans ce sens que nous pouvons comprendre la réserve et la restriction que le D'" Newman expose si bien par les exemples qu'il donne dans sa réfutation des
I Etat de mon âme depuis 184^.
accusations qu'on avait faites contre lui sur ce point : « Or, pour en venir à la restriction elle-même, elle est fondée sur les paroles de Notre-Seigneur : « Ne jetez point vos perles devant les pourceaux ; *» ^ elle a été plus ou moins en usage parmi les premiers Chrétiens dans leur commerce avec les populations païennes au milieu desquelles ils vivaient. Au sein des idolâtries et des impuretés abominables de ces temps affreux, la règle de la restriction était un devoir impérieux. Cette règle, — du moins, telle que je l'ai expliquée et recommandée dans tout ce que j'ai écrit, — ne va pas audelà de ces points : (i) Dissimuler la vérité quand nous pouvons le faire sans tromper ; (2) ne l'exposer que partiellement ; et (3) la présenter sous la forme la plus accessible qu'il est possible de le faire pour celui qui cherche à la connaître, lorsqu'il ne peut pas la comprendre exactement. Il me semble que représenter les Anges avec des ailes est un exemple de ce troisième cas, et que, pour éluder la question: « Les Chrétiens croient-ils à une Trinité?» répondre : « Ils croient en un seul Dieu, » serait un exemple du second. Quant au premier, c'est à peine une restriction, et il appartient à ce qu'on appelle disciplina arcani Ces mots, je
pense, suffiront pour couper court à toutes les invectives dont on m'a chargé avec tant de violence comme le défenseur de la restriction mentale. » ^
C'est dans ce sens qu'une échappatoire, telle que nous l'avons définie plus haut, est parfaitement permise, et nous en trouvons un exemple dans l'histoire de saint Athanase : « Il était dans un bateau, sur le Nil, fuyant la persécution, et il s'aperçut qu'il était poursuivi. Alors, il ordonna à ses
1 S. Mat. vit. 6.
2 Newman, Apologie.
hommes de virer bord, et s'en alla droit aux satellites de Julien. Ils lui demandèrent : « Avez-vous vu Athanase ? » et il dit aux hommes de sa suite de répondre : « Oui, il n'est pas loin de vous.» Les persécuteurs 'hâtèrent leur course comme s'ils étaient sûrs de l'atteindre, pendant que lui, revenait précipitamment à Alexandrie, où il resta caché jusqu'à la fin de la persécution. »
Avant d'en venir aux conclusions à déduire de l'enseignement qui précède, je crois à propos de faire encore un petit emprunt au D' Newsman : « Presque tous les auteurs, catholiques et protestants, admettent que, s' il y à un juste motifs telle ou telle manière de passer à côté du vrai sens des mots n'est pas un péché. Le silence lui-même, en certains cas, est virtuellement un de ces stratagèmes, d'après le proverbe : « Qui ne dit rien consent. » En outre, le silence est absolument interdit à un Catholique sous peine de péché mortel, dans certaines circonstances, par exemple, s'il y a devoir pour lui de confesser sa foi. »