I. JUGEMENT téméraire: DÉFINITION ET EXPLICATION
Un jugement téméraire est le ferme consentement de l'esprit à croire un mal du prochain sans un motif raisonnable.
(i) C'est un consentement de l'esprit; ce qui le distingue du soupçon téméraire^ qui est une inclination à penser mal du prochain sans raisons suffisantes; et du doute téméraire par lequel, sur des motifs insuffisants, et sans y donner un plein consentement, nous doutons de Thonnéteté ou de l'intégrité du prochain, soit positivement, soit en suspendant notre jugement d'une façon négative et pourtant douteuse.
(2) C'est ViVi ferme assentiment^ — c'est-à-dire un jugement formé de telle façon, que si l'on nous questionnait sur ce point, nous répondrions sans hésiter; et par-là, il diffère de l'opinion, qui consiste à donner son assentiment à une chose, mais non sans une certaine crainte que la chose opposée ne soit vraie.
(3) Un mal^ — naturel ou moral, qui, dans notre esprit, ferait tort à la bonne réputation de notre prochain.
(4) Sans un motif raisonnable^ (parce que, s'il y a une raison suffisante de porter un jugement, il ne mérite plus Tépithète de téméraire), il n'est pas coupable. Saint Thomas enseigne que la témérité dans les jugements, les soupçons et les doutes tient principalement à trois causes: (i) La personne qui juge témérairement a mauvais esprit et mauvais cœur; (2) elle nourrit de mauvaises dispositions à l'égard de ses semblables; (3) elle a une longue pratique de ce mal.
C'est pour cela que les personnes âgées sont plus soupçonneuses que les jeunes. Elles ont l'expérience des fautes et des défauts des autres, et ont eu probablement à souffrir plus de tromperies et de déceptions.
« La conduite du Pharisien dans l'Evangile est un exemple de ce vice: plein, en effet, de la vaine idée qu'il se faisait de sa propre excellence, il méprisait le pauvre publicain, et le condamnait sans autres motifs : il était publicain, disait-il, et c'était assez, malgré tous les signes de repentir qu'il montrait; sans aucune condescendance pour la fragilité de la nature humaine, pour la violence des passions et des tentations, et emporté qu'il était par l'aveuglement de son orgueil et de sa fatuité. »