PREUVES DE RAISON ET DE SENS COMMUN
En troisième lieu, nous avons le sens commun et la raison qui nous démontrent la légitimité et Futilité de la vénération des saintes images. La parole et le nom ne sont que des signes et des images passagères des choses qu'ils signifient, et on en peut dire autant des pensées: nous les vénérons cependant. Pourquoi ne le ferions-nous donc pas pour les images durables? Qui donc ne rend pas honneur au Saint Nom de Jésus, auquel, d'après saint Paul, tout genou doit fléchir, au ciel, sur la terre et dans les enfers? ^ Qui n'entoure pas d'honneur un livre contenant les Saintes Ecritures? Pourquoi donc ne le ferait-on pas pour les statues et les peintures sacrées ?
Q.ue les peintures et les images dans les églises soient particulièrement utiles pour éclairer l'esprit des classes inférieures, et que, à ce point de vue, elles soient préférables aux paroles elles-mêmes, c'est absolument hors de doute.
1 Flaxman. Lectures sur la sculpture, p. 302.
2 Phil. ii. 10.
« Ce qu'on voit par les yeux agit plus fortement sur l'âme que ce qui n'entre — Que par les oreilles; le spectateur y ajoute plus de foi ; il s'instruit lui-même. » i
La remarque du poète païen est corroborée par l'observation des plus célèbres écrivains de l'antiquité et des temps modernes. Saint Paulin de Noie, il y a quatorze cents ans, était tellement convaincu que les peintures peuvent donner des enseignements utiles, qu'il fit orner d'une variété de sujets sacrés les murs de l'église construite par lui et dédiée à Dieu en l'honneur de saint Félix.
« Nous avons cru faire une œuvre utile, — En décorant de scènes sacrées le temple de ce saint. »
Les images excitent des sentiments religieux. Le poète chrétien, Prudence, exprime cette vérité, en rendant compte de sa visite au tombeau du saint martyr Cassien. ^
« Prosterné sur le sol, je baisais la tombe sainte, — Et laissais ma douleur s'exprimer en larmes abondantes: — Car mes fautes déchiraient mon cœur de chagrin. — Je levais les yeux: — devant moi s'étalait la scène, — Représentée en vives couleurs par l'habileté du peintre, — Qui me rappelait si bien le cruel supplice — Du bienheureux Cassien mis à mort par ses élèves. »
1 HoRATius: (( De Arte poetica » vers i8o; apud « Hierurgia. »
2 II était instituteur, et souffrit la mort sous Julien l'Apostat. Ses élèves furent choisis pour être les exécuteurs de son martyre. Ces jeunes gens reçurent Tordre de l'entourer et de le percer avec leurs stylets, ou sorte de plumes en fer, dont on se servait alors pour écrire. On apprenait à écrire sur des petites tables de bois garnies de cire. Le corps du martyr est encore vénéréà Imola, sous lemaître autel de la cathédrale. (Hierurgia, en note, p. 547).
Arrivé à Rome, Prudence constata et félicita la piété de ses habitants, qui avaient orné les tombeaux des martyrs. L'église de saint Hippolyte attira surtout l'attention du poète, et il a décrit avec une remarquable minutie de détails les peintures qui ornent la tombe du héros chrétien.
« La muraille, peinte de couleurs voyantes, — Dit toute l'horreur de l'acte impie, — Et sur la tombe du martyr, montre son agonie — Dans ce sang qui coule de tous les membres torturés. »
Toutes ces raisons nous démontrent pourquoi l'Eglise fait usage des saintes images.
Pour nous, catholiques, nous ornons nos autels et nos églises des peintures et des images du Christ et de ses fidèles serviteurs. Nous les entourons d'un pieux et convenable respect. Nous le faisons, non seulement par égard pour les glorieux personnages qu'elles représentent, mais parce que leur vue rappelle à notre souvenir ces vertus héroïques qui ont rendu leur vie si célèbre, et nous engage fortement, sinon à rivaliser avec eux tout au moins à suivre leur exemple^ à une humble distance, par la faible imitation de leur sainteté.
Le loyal sujet et le patriote qui ornent leurs maisons du portrait de leur souverain, ou des hommes qui, soit par des actions d'éclat sur les champs de bataille, soit par leurs talents dans les Chambres, se sont acquis l'admiration de leurs concitoyens, quelque vil caractère qu'ils aient montré dans leur vie privée, — ceux-là ne peuvent à coup sûr soulever aucune objection sensée contre le Catholique qui, dans ses églises, rend de semblables honneurs à « l'Auteur et consommateur de sa foi, le Christ Jésus» ^ et à ceux de ses
I HeBP. XII, 2.
disciples qui ont fait rayonner de gloire sa religion par l'éclat de leurs brillantes vertus, ou qui ont porté la bonne nouvelle aux païens, signant de leur sang, en présence des tyrans et des persécuteurs, leur croyance inébranlable à tous ses enseignements.
6. GENRE d'honneur OU DE VENERATION QUE NOUS RENDONS AUX RELIQUES ET AUX IMAGES
Nous avons maintenant à examiner quel genre ou quelle sorte de culte et d'honneur nous rendons aux reliques et aux images. Sur ce point, il y a trois opinions qu'il est nécessaire de mentionner. La première est celle de Durand, qui affirme qu'on ne doit vénérer les images que dans un sens impropre; ce qui veut dire, que la présence des images nous rappelle les exemples et les traits des personnages, et que ceux-ci seulement sont l'objet de notre vénération. Suarez traite cette opinion de dangereuse et téméraire, dit qu'elle frise l'hérésie, et qu'elle est en conséquence rejetée par le grand nombre de théologiens catholiques. La seconde opinion enseigne qu'on doit rendre aux images un culte pour ellesmêmes, pour ce qu'elles sont dans leur être propre, ce culte toutefois est inférieur à celui rendu aux personnages représentés ; lequel culte, cependant, n'appartient qu'analogiquement au genre d'honneur qui est dû à l'original, dans le même rapport qu'une espè^fe imparfaite appartient à une parfaite : dès lors, aucune image ne devrait être honorée du culte de latrie. Ainsi pense Bellarmin. La troisième opinion, qui suit l'enseignement de saint Thomas, est qu'on doit rendre à l'image le même culte ou les mêmes honneurs qu'à
LE PREMIER COMMANDEMENT ()j
son exemplaire, mais d'une manière différente : — l'exemplaire est vénéré pour lui-même, tandis que l'image l'est pour l'exemplaire ; — c'est-à-dire, le culte absolu s'adresse à Vexemplaire^ et le culte relatifs à l'image ; de sorte que l'exemplaire et l'image forment un seul objet de vénération.